Hermétisme
et 錬金丹術 Renkintanjutsu 一
La Révolution de la Lumière et la garde du Centre (suite)
La contemplation fixatrice est indispensable ; elle réalise l'affermissement de l'illumination. Toutefois on ne doit pas demeurer assis de façon rigide lorsque les pensées du siècle surgissent, mais on doit cherchez où se trouve la pensée survenue, où elle est apparue, où elle s'évanouit. Toutefois une reflexion plus poussée ne mène rien à son terme (ne conduit à rien).
On doit se limiter à voir d'où cette pensée est survenue et ne pas chercher plus loin que le point d'origine. Car trouver le cœur (la conscience), aller plus loin que la conscience à l'aide de la conscience, cela ne peut se faire. Nous voulons apaiser l'ensemble des états du cœur, telle
est la contemplation correcte... Quand la fuite des pensées continue à s'étendre plus loin de façon incessante, on doit s’arrêter et commencer à contempler. Contemplant, s'appliquer ensuite à la fixation. C'est la double méthode pour affermir l'illumination. Cela s'appelle la révolution de la Lumière. La révolution est fixation. La Lumière est la contemplation. Une fixation sans contemplation est une révolution sans Lumière. Une Contemplation sans fixation est une Lumière sans révolution. Notez bien cela !
Le sens général de ce chapitre est que la garde du
Centre joue un rôle (très très) important dans la révolution de la Lumière (p.73). Le chapitre précédent avait démontré
que le corps est un bien précieux quand l’Esprit en est le Maître (p.80).
Après que l'homme à derrière lui le « son » unique de l'individualité (vibration primordiale).
Lorsque l’esprit ne vagabonde pas dans la poitrine. Si l'on fixe seulement les pensées entre les deux yeux mais qu'on ne cristallise pas l'esprit sous le plexus solaire (le centre au milieu des conditions), c'est comme si l'on était monté dans l'antichambre mais que l'on n'était pas encore entré dans la chambre intérieure. Alors le Feu spirituel ne naît pas, l'énergie demeure froide et le Véritable fruit aura alors peine à se manifester.
La révolution de la lumière et l'art de rythmer le souffle
On doit appliquer sa résolution avec un cœur recueilli, et ne pas chercher le succès ; le succès vient alors de lui-même... Quand le cœur s'anime, le souffle en naît. Le souffle est originellemnt une modification de l'activité du cœur. Quand l'imagination s'active, il se forme des représentations imaginaires qui sont toujours accompagnées d'un souffle... Chaque jour, nous produisons d'innonbrables souffles, conséquemment d'innonbrables représentations imaginatives...
Faut-il donc ne pas avoir de pensées ? On ne peut pas être sans pensées... (Dans la tradition hindoue, c'est par l'oreille qu'est perçu le 'son inaudible' le reflet de l'Intelligence primordiale, la vibration du Logos, lequel est un 'son' (Nāda). C'est sans doute ainsi qu'il faut entendre le rapport de la 'lumière auditive' avec l'intelligence. Sa correspondance avec la 'semence' pourrait résulter de la tradition taoïste selon laquelle l'oreille communique avec la 'Passe obscure' des reins que franchit le Kin-tan. Ce que n'infirme nullement la mise en rapport, par le Tantrisme, d'un mantra avec chacun des chakra, le mouvement de la 'force' étant ainsi soumis aux échos de la vibration originelle. On se souviendra par ailleurs que de shabda (le 'son') naît le bindu ou 'germe' de la manifestation, ce qui trouve ici des correspondances précises. Notons aussi que, selon le Chouo-koua, appendice du Yi-king, 'l'abyssal (k'an) agit dans l'oreille'. Pierre Grison)
Chaque mouvement du cœur agit sur le souffle... Chaque mouvement du souffle agit sur le cœur. Pour fixer le cœur réglons d'abord le souffle. On ne peut agir directement sur le cœur. On se tient donc au souffle comme à un manche ; c'est ce que l'on nomme la garde du souffle concentré.
Il est dit dans le Livre du Kin-gan (la Pilule d'Or) : 'La poule peut couver ses œufs parce que son cœur écoute toujours'. C'est une formule magique importante. La raison pour laquelle la poule peut couver est l'énergie de la chaleur. Toutefois l'énergie de la chaleur peut seulement chauffer les coquilles, mais non pénétrer à l'intérieur. C'est pourquoi, à l'aide de son cœur, elle conduit cette énergie à l'intérieur. Elle le fait par l'ouie. Elle concentre ainsi son cœur tout entier. Quand le cœur pénètre, l'énergie pénètre, et le poussin acquiert l'énergie de la chaleur et prend vie. C'est pourquoi la poule même si elle abandonne parfois ses œufs, a toujours l'attitude de quelqu'un qui écoute, les oreilles baissées : ainsi la concentration de l'esprit ne connaît pas d'interruption.
Puisque la concentration de l'esprit ne connait pas d'interruption, l'énergie de la chaleur ne connaît non plus d'interruption ni le jour ni la nuit et l'esprit originel s'éveille à la vie. L'éveil de l'esprit est réalisé parce que le cœur... est devenu un, sans division et concentré.
La respiration qui entre et sort par le nez et la bouche n'est pas la respiration véritable ; mais le rythme du souffle peut être en relation avec elle.
...utiliser correctement le cœur... C'est une utilisation sans utilisation. Il faut seulement laisser tomber doucement la lumière sur l'audition. Cette phrase renferme un sens secret. Que veut dire laisser tomber la lumière ? C'est le rayonnement propre de la lumière des yeux. L'œil regarde seulement vers l'intérieur et non vers l'extérieur. Sentir la clarté sans regarder vers l'extérieur, cela s'appelle regarder intérieurement ; il ne s'agit pas d'un véritable regard tourné vers le dedans. Qu'est-ce que l'audition ? C'est l'audition naturelle de la lumière de l'oreille. L'oreille écoute seulement à l'intérieur sans écouter à l'extérieur. Sentir la clarté sans écouter ce qui est à l'extérieur, cela s'appelle écouter intérieurement. Il ne s'agit pas d'une véritable audition tournée vers le dedans. Dans cette audition, on entend seulement qu'il n'y a aucun son ; dans cette contemplation, on voit seulement qu'il n'y a là aucune forme. Quand l'oeil ne regarde pas vers l'extérieur et que l'oreille n'écoute pas vers l'extérieur, ils se ferment et ont tendance à tomber au-dedans. C'est seulement quand on regarde au-dedans et que l'on écoute au-dedans que l'organe ne va pas au dehors et qu'il ne tombe pas non plus au-dedans. De cette manière on écarte l'indolence et la torpeur. C'est l'union de la semence et de la lumière du soleil et de la lune.
Expériences de confirmation lors de la révolution de la lumière
Le Maître Lu Tsou dit : Il y a quatre sortes d’expériences de confirmation. On ne doit pas se contenter de demandes modestes, mais on doit s’élever à la pensée que tout les êtres vivants doivent être libérés. On ne doit pas montrer un cœur léger et insouciant, mais s'efforcer de faire que les actes prouvent le sérieux des paroles. Si, tandis qu'on est plongé dans la tranquilité, l’esprit éprouve continuellement et sans interruption un sentiment de grande allégresse, comme s’il était ivre ou sortait du bain, c’est le signe que le principe lumineux (yang) règne harmonieusement dans le corps tout entier ; le bouton de la Fleur d’Or commence alors à se former. Si en outre toutes les ouvertures demeurent calmes, que la lune argentée se tient au milieu du ciel et que l'on a le sentiment que la grande terre est un monde de lumière et de clarté, c’est un signe que le corps (cavité) du cœur s’ouvre à la clarté. C'est un signe que la Fleur d’Or s'ouvre (éclôt).
De plus le corps tout entier se sent ferme et fort de sorte qu’il ne craint ni orage ni gelée. Des choses que les autres hommes tiennent pour désagréables peuvent, lorsque je les rencontre, ne pas ternir pour moi la clarté de l’esprit séminal.
L’or jaune remplit la maison, le jade blanc forme les degrés (marches). Des choses terrestres pourries et puantes mises en contact avec un souffle de l'énergie véritable redeviennent aussiôt vivantes. Le sang rouge se transforme en lait. Le fragile corps de chair est de l’or pur et une pierre précieuse. C'est un signe que la Fleur d’Or est cristallisée.
Le Livre de la Contemplation Fructueuse (Ying-kouan king) dit : « Le soleil plonge dans la grande eau ; et des images magiques de rangées d’arbres apparaissent. » Le coucher du soleil signifie que dans le Chaos (le chaos primordial au sein duquel jaillit la lumière du premier jour de la création) le fondement est posé : c’est l’état non-polarisé (Wou-ki). La suprême Vertu est comme l’eau, pure et sans tache. C’est le maître de la grande polarité (Tai-ki), le dieu qui s'avance dans (Tch’en) le trigramme de l'éveilleur (Tchen est le tonnerre, l'éveilleur, ☳ : le trait mâle inférieur figure l'énergie du ciel commençant à animer la terre ☷. Le printemps est conçu comme une manifestation de la divinté qui ébranle la nature - comme le tonnerre - et la fait sortir du sommeil de l'hiver). L’éveilleur a pour image (symbole) le Bois, d'où l’image des rangées d’arbres. Renkinjutsu
Une septuple rangée d’arbres signifie la lumière des sept ouvertures du corps (ou des sept ouvertures du cœur). Le nord-ouest est la direction du créateur (k'ien, le Ciel). Quand il avance d'une place, l'insondable est là. Le soleil qui s’enfonce dans la mer est l'image du créateur (k'ien) et de l'insondable (k’an). L'insondable est la direction de minuit (Tsi, Nord). Au solstice d’hiver, le Tonnerre (tch’en) est entièrement caché et dissimulé dans la Terre. C'est seulement quand le signe de l'éveilleur est atteint que le pôle lumineux apparaît de nouveau au-dessus de la Terre. C’est l'image de la rangée d'arbres. On peut dire logiquement le reste.
La deuxième partie signifie l'établissemnt des fondations sur cela. Le grand univers est comme de la glace, un monde-joyau de verre. L'éclat de la Lumière se cristallise peu à peu. C'est pourquoi une terrasse élevée fait son apparition, et la-dessus, avec le cours du temps, l'Éveillé apparaît. Lorsque l'essence d’Or apparaît, qui cela pourraît-il être, sinon l'Éveillé ? Car le Bouddha est le Saint d'Or (doré) de la grande Illumination. C'est là une grande expérience de confirmation.
Or il y a trois expériences de confirmations dont on peut faire l'épreuve. La première est que lorsqu'on s'est mis en état de méditation, les dieux sont dans la vallée (autrement dit : 'Le ciel est descendu dans la terre', situation représentée par l'hexagramme n° 11 du Yi King T'ai, la paix, ䷊ où la terre est en haut et le ciel en bas. voir Tao Te King, ch. VI). On entend alors des hommes parler assez loin à une distance de quelques centaines de pas, chacun d'une façon très claire. Mais les sons résonnent tous comme un écho dans la vallée. On les entend toujours, mais on ne s'entend jamais soi-même. Cela s'appelle la présence des dieux dans la Vallée.
Mais on fait parfois l'expérience suivante : tant que l'on est dans la tranquilité, la lumière des yeux commence à s'enflammer si bien que tout devient lumineux devant nous comme si l'on était dans un nuage. Si l'on ouvre les yeux et que l'on cherche son corps, on ne le trouve plus. On appelle cela : « Dans la chambre vide cela devient lumineux ». Tout devient lumineux au-dedans comme au-dehors. C'est un signe très favorable.
Ou lorsqu'on est assis en méditation le corps charnel devient brillant comme la soie ou le jade.
On a peine à demeurer assis : on se sent comme emporté vers le haut. Cela s'appelle : « L'esprit revient et touche au ciel ». Avec le temps on peut faire l'expérience de façon telle que l'on plane véritablement en l'air.
Il est possible de faire dès maintenant ces trois expériences. Mais n'est pas possible de tout exprimer. Des choses différentes apparaissent aux hommes suivant les dispositions de chacun. Mais si l'on fait l'expérience des choses mentionnées plus haut, c'est le signe d'une bonne disposition. Il en est de ces choses comme lorsque l'on boit de l'eau. On remarque soi-même si l'eau et chaude ou froide. Ainsi l'on doit ce convaincre soi-même de ses expériences, alors seulement elles sont réelles.
Le mode vivant de la révolution de la lumière
Le Maître Lu Tsou dit :
Quand on arrive progressivement réussi à provoquer la révolution de la lumière, on ne doit pas renoncer pour autant à ces occupations habituelles. Les anciens disaient : Quand les affaires viennent à nous, il faut les accepter ; quand les choses viennent à nous, il faut les explorer à fond. Quand on met ses affaires en ordre au moyen de la pensée correcte, la lumière n'est pas dispersée par les choses extérieures, mais la lumière tourne suivant sa loi propre. De cette manière, même la révolution encore invisible de la lumière peut être déclenchée ; à combien plus forte raison la vraie et pure révolution de la lumière qui a déjà fait sa claire apparition.
Quand, dans la vie ordinaire, on est constamment capable de réagir aux choses par réflexe (dans l'état de spontanéité qui est celui du sage) sans aucune immixtion des pensées concernant soi-même ou les autres, c'est une révolution de la lumière naissant des circonstances (la Lumière tourne d’elle-même... le Kin-tan se forme de lui-même). C'est là le premier secret.
Si, de bon matin, on peut se défaire de tous les enchevêtrements et méditer durant une ou deux heures doubles, et adopter à l'égard de toutes les choses extérieures une attitude reflexe purement objective, si l'on continue ainsi sans interruption, au bout de deux ou trois mois tous les êtres parfaits accourent du ciel et approuvent une telle attitude.
Formules magiques pour le grand voyage
Le Maître Lu Tsou dit :
Yu Tsing a transmis une formule magique pour le grand voyage : 'Quatre mots cristallisent l'esprit dans l'espace de l'énergie. Au sixième mois on voit soudain voler la neige blanche. A la troisième veille on voit le disque du soleil lancer des rayons aveuglants. Sur l'eau souffle le vent de la douceur (Souen ☴). Voyageant au ciel, on mange l'énergie spirituel du receptif (K'ouen ☷). Et le secret le plus profond encore du secret : Le Pays qui n'est nulle part, voilà la vraie demeure...'
Ces vers sont remplis de mystère. Le sens est : La chose la plus importante dans le grand Tao, ce sont les quatre mots : l'action dans le non-agir. Le non-agir empêche que l'on ne soit prisonnier de la forme et de l'image (monde corporel).
L'action dans le non-agir empêche que l'on ne tombe dans le vide rigide et la mort du néant. L'action repose entièrement sur l'unité centrale, le déclenchement de l'action se trouve dans les yeux. Les deux yeux sont comme le timon du Grand Chariot, qui fait tourner toute la création ; ils mettent en mouvement les pôles de la lumière et de l'obscurité. La pilule d'or repose du commencement à la fin sur une seule chose : le métal au milieu de l'eau, c'est-à-dire le plomb dans le lieu de l'eau.
Jusqu'à présent on a parlé de la révolution de la lumière, indiquant ainsi la mise en mouvement initiale qui agit de l'extérieur sur ce qui est à l'intérieur. C'est pour aider à obtenir le maître. C'est pour les disciples qui débutent : ils s'appliquent aux deux passages inférieurs pour obtenir le passage supérieur. Une fois que la succession des évènements est claire et que la nature de la mise en mouvement est connue, le ciel ne peut plus différer l'octroi du Tao, mais le ciel révèle la vérité ultime. Vous, disciples, gardez la Voie secrète et redoublez d'efforts.
La circulation de la lumière est le terme générique. Plus le travail progresse, plus la Fleur d'Or s'épanouit. Mais il est un mode de circulation plus merveilleux encore. Jusqu'à présent nous avons agi de l'extérieur sur l'intérieur ; désormais nous demeurons au centre et gouvernons ce qui est au dehors. Jusqu'à présent c'était un service pour venir en aide au maître ; désormais c'est l'expansion des ordres de ce maître. Tout le comportement est maintenant inversé. Si l'on veut pénétrer dans le domaine plus subtil à l'aide de la méthode, on doit d'abord veiller à gouverner parfaitement le corps et le cœur, à être entièrement libre et paisible, à écarter tous les tracas, sans la moindre excitation, et à garder le cœur céleste exactement au centre. Il faut alors baisser les paupières des yeux comme si l'on recevait un édit sacré faisant de nous un ministre ; qui oserait désobéir ?
Alors on éclaire à l'aide des deux yeux la maison de l'insondable (l'eau, K'an). Là où va la Fleur d'Or, la vraie lumière polaire (yang) se porte à sa rencontre. Le trigramme Li (la lumière, ce qui s'attache) est lumineux à l'extérieur et obscur à l'intérieur ; c'est le corps du créateur (k'ien). L'unique élément obscur entre et devient le maître. La conséquence en est que le cœur (la conscience) passe sous la dépendance des choses, est dirigé vers l'extérieur et se trouve ballotté par le courant. Mais si la lumière en révolution luit vers l'intérieur, elle ne passe plus sous la dépendance des choses, l'énergie de l'élément obscur est fixée et la Fleur d'Or brille concentrée. C'est alors la lumière polaire (yang) rassemblée. Les choses apparentées s'attirent. Ainsi le trait lumineux polarisé (yang) de l'insondable pousse vers le haut (ce trait central du trigramme K'an, l'insondable ☵ détermine, en montant d'un degré ☶ Ken, l'immobilisation, la montagne, symbole du fixe, de la 'cristalisation', de la Pierre). Ce n'est pas seulement la lumière dans l'abîme, mais la lumière créatrice qui rencontre la lumière créatrice..
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