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Hermétisme HOUEI MING KING Par Liou Houa Yang, moine du couvent de la Double Fleur de Lotus dans la province d'AnHouei. Il composa Le Livre de la Conscience et de la Vie en 1794. 1. Le secret le plus subtil du Tao Si tu veux compléter le corps de diamant sans fuite, Mais cette bulle germinale est une cavité invisible, elle n'a ni forme ni image. Lorsque le souffle vital se met en mouvement, le germe de cette bulle naît ; s'il cesse, il disparaît de nouveau. C'est le lieu qui abrite la vérité, l'autel sur lequel sont produits la conscience et la vie. Elle est appelée : château du dragon au fond de la mer, région-frontière des montagnes neigeuses, occident, défilé originel, royaume de la joie suprême, pays sans limites. Tous ces noms différents désignent cette bulle germinale. Si un mourant ne connaît pas cette bulle germinale, il ne trouvera pas l'unité de la conscience et de la vie au cours de mille naissances et de dix mille cycles cosmiques. Ce point germinal est quelque chose de grand. Avant que ce corps qui est nôtre naisse de nos parents, au moment de la conception, ce point germinal est d'abord engendré et la nature et la vie y habitent. L'une et l'autre sont mêlées et forment une unité : mêlées inséparablement comme la semence de feu dans la fournaise à raffiner, combinaison d'harmonie originelle et de conformité à la loi divine. C'est pourquoi il est dit : « Dans l'état antérieur à la manifestation il y a un souffle inépuisable. » Il est dit encore : « Avant que les parents aient engendré l'enfant, le souffle vital est entier et l'embryon parfait. » Mais lorsque le corps se meut et déchire la bulle du fruit, c'est comme si l'on perdait pied sur une haute montagne : l'homme tombe jusqu'à terre en poussant un cri et dès lors la nature et la vie sont séparées. À partir de ce moment la nature ne peut plus voir la vie, ni la vie, la nature. Et le destin entame alors son cours ; de la jeunesse, il passe à la maturité, de la maturité, à la vieillesse, et de la vieillesse au deuil. C'est pourquoi le Youlaï (l'Éveillé) dans sa grande compassion a fait connaître le secret de la production et de la fusion. Il enseigne aux hommes comment rentrer dans le sein de leur mère (la forme du Tao : le Un) et créer à nouveau la nature et la vie du moi ; il montre comment l'esprit et la vie (le souffle vital) entrent dans cette bulle germinale, comment ils doivent être combinés en une unité pour achever le vrai fruit, tout comme la semence et l'âme (la semence correspond au principe masculin et l'âme au principe féminin) du père et de la mère sont entrées dans cette bulle germinale et se sont unies en un seul pour achever l'embryon. Le principe est le même. À l'intérieur de la bulle germinale est le feu du souverain, à l'entrée de la bulle germinale est le feu des ministres, dans le corps tout entier est le feu du peuple. Quand le feu du souverain s'extériorise, il est reçu par le feu des ministres. Quand le feu des ministres se met en mouvement, le feu du peuple le suit. Quand ces trois feux s'extériorisent dans cet ordre successif, un homme naît. Mais si les trois feux font retour en arrière dans l'ordre successif inverse, le Tao naît. C'est pourquoi tous les sages ont commencé leur travail par la bulle germinale dans laquelle l'écoulement cesse. Si l'on ne construit pas ce sentier mais que l'on produise autre chose, cela n'est d'aucun profit. C'est pourquoi toutes les écoles et toutes les sectes qui ne savent pas que le principe directeur de la conscience et de la vie se trouve dans cette bulle germinale et qui, par suite, le cherchent au dehors, ne parviennent à rien malgré tous leurs efforts pour le trouver au-dehors. 2. Les six périodes de la révolution conforme à la loi Si l'on discerne le chemin originel de l'Éveillé, la cité bienheureuse de l'Occident apparaîtra. Cette présentation contient la loi tout entière et les traits véritables de Celui qui vient de l'Occident (l'Éveillé) y est contenue. Les secrets qui y sont renfermés montrent comment on entame le chemin par l'inspiration et l'expiration, comment l'alternance de croissance et de décroissance s'y manifestent dans la fermeture et l'ouverture, comment on a besoin des pensées véritables pour ne pas s'écarter du chemin, comment la ferme délimitation du domaine permet de commencer et de cesser au moment voulu. Je me sacrifie et je sers les hommes en représentant parfaitement ces images qui divulguent complètement le germe céleste, si bien que tout profane et tout homme du siècle peuvent l'atteindre et le porter à son point d'achèvement. Celui qui n'a pas les dispositions voulues, celui-là peut en trouver une partie, mais le Ciel ne lui accordera pas son Tao. Pourquoi ? La juste disposition intérieure est inséparable du Tao comme une aile de l'oiseau de l'autre : si l'une manque, l'autre ne peut lui servir en rien. C'est pourquoi il a besoin de loyauté et de crainte révérencielle, d'humanité et de justice, et de pure observance des cinq commandements (à ne pas prendre au sens strict du terme). Alors seulement on a la perspective d'atteindre quelque chose. Mais toutes les subtilités et tous les secrets sont offerts dans ce Livre de la Conscience et de la Vie pour être pesés et soupesés, si bien que l'on peut tout atteindre dans sa vérité. Cette image (Figure 6.) décrit la circulation de l'air au cours de la respiration rythmée. À l'inspiration correspond une ouverture des pores inférieurs, ce qui permet l'accession de l'énergie en arrière le long de la colonne vertébrale. L'expiration s'accompagne d'une fermeture des pores supérieurs et l'écoulement de l'énergie suivant une ligne antérieure. Les mouvements sont rythmés suivant des intervalles (hou) et des rythmes (kouei). 3. Les deux sentiers d'énergie, celui de fonction et celui de contrôle La voie de l'inspiration et de l'expiration du défilé originel fait son apparition. Cette image est proprement la même que la précédente. Si je la montre encore une fois, c'est pour que ceux qui font porter leurs efforts sur la culture du Tao reconnaissent qu'il y a dans leur propre corps une circulation conforme à la loi. C'est pourquoi j'ai présenté cette figure pour éclairer les compagnons de recherche. Si l'on parvient à joindre ces deux sentiers (celui qui fonctionne et celui qui contrôle) en une connexion sans faille, tous les sentiers d'énergie sont mis en relation. Le chevreuil dort le museau sur la queue pour fermer son sentier d'énergie qui contrôle. La grue et la tortue ferment leur sentier qui fonctionne. C'est pourquoi ces trois animaux vivent mille ans. Combien plus loin peut aller l'homme ! Un homme qui s'exerce à la culture du Tao, qui met en route la révolution conforme à la loi pour faire tourner la conscience et la vie, n'a pas à craindre de ne pas prolonger sa vie et de ne pas achever son sentier. Renkinjutsu
4. L'embryon du tao Conformément à la loi, mais pourtant sans tension, on doit s'illuminer avec zèle. Cette figure se trouve dans l'édition originale du Long Yen King. Mais les moines ignorants qui n'en ont pas reconnu le sens secret et ne savaient rien de l'embryon de Tao ont pour cette raison commis la faute de le laisser de côté. C'est seulement grâce aux explications des adeptes que j'ai découvert que le Youlaï connaît le travail réel sur l'embryon du Tao. Cet embryon n'est rien de corporellement visible qui puisse être achevé par d'autres êtres, mais c'est en réalité l'énergie respiratoire spirituelle du moi. Il faut d'abord que l'esprit pénètre dans l'énergie respiratoire (âme), puis que l'énergie respiratoire enveloppe l'esprit. Quand l'esprit et l'énergie respiratoire sont solidement reliés et que les pensées deviennent paisibles et immobiles, cela est appelé embryon. L'énergie respiratoire doit se cristalliser, c'est seulement alors que l'esprit devient capable d'agir. C'est pourquoi il est dit dans le Long Yen King « On prendra un soin maternel du réveil et de la réponse ». Les deux énergies se nourrissent et se fortifient mutuellement, c'est pourquoi il est dit « Il se produit une croissance quotidienne ». Quand l'énergie est assez forte et que l'embryon est rond et complet, il sort du sommet de la tête. C'est ce qui est appelé : l'état accompli qui apparaît comme embryon et s'engendre lui-même comme fils de l'Éveillé. 5. La naissance du fruit À l'extérieur du corps il y a un fruit appelé l'image de l'Éveillé. La pensée qui est puissante, l'absence de pensée est Bodhi. Il est dit dans le Long Yen Chou : « À cette époque, le maître du monde fit briller une centuple lumière précieuse à partir des nœuds de sa chevelure. Au milieu de l'éclat luisait le précieux lotus aux mille pétales. Et il y avait là un Youlaï transformé, assis au milieu de la fleur. Du sommet de son crâne sortaient dix rayons de lumière blanche éclatante qui étaient visibles de toutes parts. La foule levait les yeux vers la lumière radieuse et le Youlaï proclama : « La divine parole magique est l'apparition de l'esprit lumineux ; c'est pourquoi son nom est : Fils de l'Éveillé ». Si l'on n'accepte pas l'enseignement concernant la conscience et la vie, mais que l'on se contente de répéter dans la solitude de sèches formules de méditation, comment pourrait naître du corps le Youlaï qui est assis et rayonne dans ce splendide lotus, et apparaît dans son corps spirituel ? Beaucoup disent que le corps de lumière est un enseignement mineur ; mais comment ce que l'on reçoit du souverain du monde serait-il un enseignement mineur ? En dévoilant ces choses, j'ai trahi le secret le plus profond du Long Yen pour instruire les disciples à venir. Celui qui reçoit cette voie s'élève aussitôt jusqu'au secret ténébreux (ce secret ténébreux évoque le Ténèbre où, selon Denys l'Aréopagite, réside la divinité) et n'est plus submergé par la poussière de la vie de tous les jours. 6. De la rétention du corps transformé Toute pensée séparée acquiert une figure et devient visible en couleur et en forme. 7. Le visage tourné vers le mur Les figures produites par le feu spirituel ne sont que des couleurs et des formes vides. 8. L'infinité vide Sans commencement, sans fin, Figure 7 : Le Grand Vide
note sur : « regarder l'esprit, retourner à la source » « Du point de vue de l'absolu (li), il y a éveil subit, et grâce à cet éveil tout est détruit à la fois ; du point de vue des faits (che, les données phénoménales), il n'y a point élimination subite, et c'est par un processus graduel qu'on en vient à bout » « qui regarde l'esprit, au moment où se produisent les fausses notions, se tient éveillé *». (*) La racine 'budh-' signifie « éveiller, s'éveiller, (re)connaître, se rendre compte ». D'après I'interprétation du Maha-parinirvana-sutra, qui se retrouve dans toute une série de textes canoniques du Mahayana (cf. Hobogirin, s. v. Butsu ; Mochizuki, Bukkyo daijiten, V, 4437 a), l'adjectif verbal buddha peut se prendre à l'actif aussi bien qu'au passif, au sens d' « éveillant » aussi bien qu'à celui d' « éveillé ». « Il y a « notion » lorsque la pensée de l'esprit se met en mouvement et saisit des objets externes. » …Qu'entendez-vous par « regarder l'esprit » ? Réponse. - Retourner la vision vers la source de l'esprit (sin, le coeur mystique), c'est « regarder l'esprit » ; c'est s'abstenir absolument de toute réflexion et de tout examen, que les notions se mettent en mouvement ou non, qu'elles soient pures ou qu'elles soient vides ou ne le soient pas, etc. ; c'est ne pas réfléchir même sur la non-réflexion. C'est pourquoi il est dit dans le Vimalakirti-sutra : « Le non-examen, c'est la bodhi » **. (**) Ce retournement est tout à fait analogue à la dynamique de l'éveil ; grâce à la plongée dans l'indéterminée, dans l'indifférencié, le bodhisattva se dégage de l'erreur ou de l'attachement au moment où celui-ci surgit, il se délivre « pensée par pensée ». Mais le mot 'nien' recouvrant les deux notions de pensée et d'instant, il s'agit d'une délivrance d'instant en instant.
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