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Hermétisme Formules magiques pour le grand voyage (suite) Lorsque ces deux substances se rencontrent, elles s'unissent de façon indissoluble et il naît une vie qui n'a pas de cesse ; elle vient et va, s'élève et tombe d'elle-même dans la demeure de l'énergie primordiale. On a un sentiment de clarté et d'infini. Le corps tout entier se sent léger et voudrait voler. C'est l'état dont il est dit : Les nuages remplissent les dix mille montagnes (On peut voir là une allusion au processus évoqué plus haut : les nuages gonflés d'eau ☵ (K'an) sont maintenant des montagnes ☶ (Ken)). Graduellement, cela va et vient, monte et descend de façon imperceptible. Le pouls s'arrête et l'haleine cesse (ou du moins deviennent imperceptibles. Même constatation physiologique dans toutes les formes de Yoga). C'est l'instant de la véritable union créatrice dont il est dit : La lune rassemble les dix mille eaux. Au milieu de cette obscurité le cœur céleste commence soudain un mouvement (La transformation de K'an ☵ l'insondable, dans K'ien ☰ le créateur). C'est le retour de l'unique lumière, le moment où l'enfant vient à la vie. Toutefois les particularités de ce processus doivent être expliquées avec soin. Quand on regarde quelque chose, quand on écoute quelque chose, l'œil et l'oreille se meuvent et suivent les choses jusqu'à ce qu'elles soient passées. Ces mouvements sont tous des sujets, et lorsque le souverain céleste les suit dans leurs tâches, cela signifie une cohabitation avec les démons. Mais si à chaque mouvement, à chaque moment de repos, l'on cohabite avec des humains et non avec des démons, alors le Souverain Céleste (le Souverain du Ciel) est (s'identifie à) l'Homme véritable. S'il se meut, et que l'on se meut avec lui, le mouvement est la racine du Ciel. S'il est calme et que l'on est calme avec lui, le calme (le repos) est la cavité de la lune. S'il poursuit d'une façon incessante une alternance de mouvement et de calme et que l'on continue d'être d'une façon incessante avec lui en mouvement et en repos, s'il inspire et expire, monte et descend, et qu'avec lui on inspire et expire, on monte et on descend, c'est ce qu'on appelle aller et venir entre la racine du ciel et la cavité de la lune (Le sage va et vient sans cesse entre les deux porches de la transformation, K'ien dont la propriété est le mouvement et K'ouen dont la propriété est le repos. Il atteint ainsi d'une extrémité à l'autre et remplit l'univers, accomplissant sa vocation de microcosme). Si le cœur céleste conserve encore le calme, le mouvement qui se fait avant le temps est un défaut de malléabilité (C'est-à-dire un excès de yin, encore appelé « malléable », tandis que le yang est la fermeté). Si le cœur céleste s'est déjà mû, le mouvement qui suit pour lui correspondre est un défaut de rigidité (un excès de yang, est appelé la rigidité). Dès que le cœur céleste s'excite, on doit aussitôt de toutes ses forces monter dans la maison du créateur (k'ien) ; la Lumière de l'esprit voit alors la cime ; elle est le guide. Ce mouvement est en accord avec le temps. Le cœur céleste monte au sommet du créateur, il s'élargit alors en toute liberté. Alors il veut soudain un calme profond, alors il faut le conduire en hâte de toutes nos forces dans le Château jaune ; alors la lumière des yeux voit la demeure jaune centrale de l'esprit. Quand le désir parvient au calme, il ne naît pas une seule pensée ; celui qui regarde vers l'intérieur oublie soudain qu'il regarde. A ce moment le corps et le cœur doivent être parfaitement détendus. Tous les tracas ont disparu sans laisser de traces. Alors je ne sais même plus l'endroit où se trouvent la maison de mon esprit et mon creuset. Si l'on veut s'assurer de son corps, on n'y parvient pas. Cet état est la pénétration du ciel dans la terre, le moment où toutes les merveilles retournent à leur racine (à la source). Il en est ainsi lorsque l'esprit cristallisé entre dans l'espace (le champ) de l'énergie (C'est l'hexagramme n° 11 T'ai, la paix : ䷊ où la terre est en haut et le ciel en bas, autrement dit : 'Le ciel est descendu dans la terre'. voir Tao Te King, ch. VI. Comparer la phrase de la Table d'émeraude : « Vis ejus integra est quando vertitur in terrain » (sa force est entière quand elle est transformée en terre)). L'Un est la révolution de la lumière. Quand on commence, elle demeure d'abord encore dispersée et l'on désire la rassembler ; les six sens sont encore actifs (les cinq sens physiques et le mental). C'est la culture (le soin) et la nutrition de notre origine propre (le soi), le « plein d'huile » au moment où l'on s'apprête à recevoir la vie. Quand on est assez avancé pour l'avoir rassemblée (concentration), on se sent léger et libre et l'on n'a plus besoin de se donner la moindre peine. C'est le repos de l'esprit dans l'Espace (la Chambre) des Ancêtres, la prise de possession du Ciel antérieur (Sien t'ien, ici l'avant-Ciel (et Terre), l'état antérieur à la polarisation, l'Un).
Quand on est assez avancé pour que toute ombre et tout écho soient éteints (« Sic fugiet a te omis obscuritas » : « Ainsi toute obscurité s'enfuira loin de toi » (la Table d'émeraude), pour que l'on soit entièrement calme et ferme, c'est la retraite secrète dans la cavité de l'énergie, où toutes les merveilles retournent à leur source. On ne change pas le lieu, mais le lieu se multiplie. C'est l'espace incorporel, où mille lieux et dix mille lieux sont un seul. On ne change pas le temps, mais le temps se multiplie. C'est le temps incommensurable où tous les cycles cosmiques sont comme un seul instant. Aussi longtemps que le cœur n'a pas atteint le repos suprême, il ne peut pas se mouvoir. On opère (anime) le mouvement et l'on oublie le mouvement ; ce n'est pas le mouvement en soi. C'est pourquoi il est dit : «Quand on se meut stimulé par les choses extérieures, c'est l'instinct de la nature. Quand on se meut sans être stimulé par les choses extérieures, c'est le mouvement du Ciel. La nature qui se trouve placée en face du Ciel peut tomber et passe sous la souveraineté de l'instinct. L'instinct repose sur (l'existence du monde) le fait qu'il y a des choses extérieures. Ce sont des pensées, qui vont au-delà de la position que nous occupons réellement (qui excèdent l'état individuel). Alors le mouvement conduit au mouvement. Mais s'il ne surgit aucune idée (représentation), alors les idées correctes prennent naissance. C'est l'idée véritable. Si l'on est en repos, si l'on est entièrement ferme (fermement établi dans ce repos) et qu'apparaît soudain le mouvement de la libération du Ciel (le détachement du Ciel entre en mouvement), n'est-ce pas là un mouvement sans dessein (non-intentionnel) ? Tel est bien le sens de l'action dans le non-agir. » En ce qui concerne le poème du début, les deux premiers vers se rapportent entièrement à l'activité de la Fleur d'or. Les deux vers suivants traitent de l'interpénétration réciproque du soleil et de la lune. Le sixième mois est Li, ce qui s'attache, le feu. La blanche neige qui vole est la véritable obscurité polaire (vrai yin) au milieu du trigramme Li, le feu qui s'apprête à se transformer dans le réceptif (Li possède un trait brisé central ☲ qui, en s'étendant vers le haut et vers le bas, donne K'ouen ☷, le réceptif, la Terre). La troisième veille est k'an l'insondable, l'eau. Le disque du soleil est l'unique trait polaire (yang) dans l'hexagramme k'an (l'eau) qui s'apprête à se transformer dans le créateur K'ien (Un processus analogue transforme K'an ☵ en K'ien ☰ ). Là se trouve contenue la manière de prendre (saisir) le trigramme «l'insondable » et d'inverser le trigramme « ce qui s'attache » (c'est-à-dire de « coaguler ce qui est dissous » et de « volatiliser ce qui est coagulé »). Les deux lignes suivantes traitent de l'activité du timon du Grand Chariot, de l'ascension et de la descente de tout le déclenchement de la polarité. L'eau est le trigramme de l'insondable, l'œil est le vent de la douceur (Souen). La lumière des yeux brille dans la maison de l'insondable et y gouverne la semence de la grande lumière « Au ciel » (La semence de la grande lumière est le trait yang central de K'an ☵, l'insondable) : c'est-à-dire dans la maison du créateur (K'ien). « En voyageant on mange l'énergie de l'esprit du réceptif ». Cela signifie la manière dont l'esprit pénètre dans l'énergie de la manière dont le ciel pénètre dans la terre : cela se produit pour nourrir le feu. Enfin les deux derniers vers se rapportent au secret le plus profond, dont on ne peut se passer du commencement jusqu'à la fin : c'est l'ablution du cœur et la purification des pensées ; c'est le bain. La science sacrée prend pour commencement la connaissance de l'endroit où il faut s'arrêter, et pour fin l'arrêt au bien suprême (le Tao). Son commencement est au-delà de la polarité, et elle débouche également au-delà de la polarité (émanant de Wou-ki, elle retourne à Wou-ki). « L'Éveillé » voit dans le caractère transitoire des choses, qui produit la conscience, le fondement de la religion (« La conscience ne surgit qu'en relation avec des causes... » M. Nikāya. « Cette conscience ayant pour cause une condition transitoire, comment deviendrait-elle permanente ? » S. Nikāya). Et, dans notre taoïsme, l'expression « réaliser le vide » renferme tout le travail en vue de parfaire, de compléter la nature (sing) et la vie (ming). Les trois religions s'accordent en une phrase : découvrir la pilule d'or spirituel (l'Elixir spirituel) pour passer de la mort à la vie. En quoi consiste cette pilule d'or spirituel ? Elle signifie : demeurer constamment dans l'absence de dessein (d'intention). Le secret le plus profond du bain que contient notre enseignement est ainsi limité au travail tendant à vider le cœur (exactement ce que Tchouang-tseu appelle le « jeûne du cœur » sin-tchai. Il est vrai que d'autres méthodes taoïstes secrètes associent ce « jeûne » au « lavage du cœur » sin-si, en mode régressif, t'ouei). C'est ainsi qu'on l'accomplit (ceci conduit à l'achèvement). Ce que j'ai livré ici en un seul mot est le fruit de dizaines d'années d'efforts. Si vous ne voyez pas encore clairement dans quelle mesure les trois sections peuvent être présentes en une seule, je vous l'expliquerai au moyen de la triple contemplation bouddhique sur le vide, l'illusion et le centre (méthode de méditation propre au T'ien-taï). De ces contemplations la première est le vide. On voit toutes choses comme vides. Vient ensuite l'illusion. Tout en sachant qu'elles sont vides, on ne les détruit pas, mais on poursuit ses occupations au milieu du vide (au cœur de la vacuité). Mais bien qu'on ne détruise pas les choses, on n'y prête pas attention : c'est la contemplation du centre. Tandis que l'on pratique la contemplation du vide, on sait également que l'on ne peut pas détruire les dix mille choses et cependant on ne les remarque pas (on n'y prête pas attention). De cette manière les trois contemplations coïncident. Mais la force repose en définitive sur la contemplation du vide. C'est pourquoi lorsqu'on cultive la contemplation du vide (la vacuité), le vide (la vacuité) est certainement vide, mais l'illusion est également vide et le centre est vide. Si l'on cultive la contemplation de l'illusion, on a besoin pour cela d'une grande force ; alors l'illusion est véritablement illusion, mais le vide est également illusion et le centre est également illusion. Dans la voie du centre on produit également des images du vide ; pourtant on ne les appelle pas vides, mais centrales. On pratique aussi les contemplations de l'illusion ; pourtant on ne les appelle pas illusion, mais on les appelle centrales. Pour ce qui est du centre, il n'est pas besoin d'en dire davantage. COMMENTAIRE Ce chapitre mentionne d'abord la formule magique de Yu Tsing pour le grand voyage. Cette formule magique déclare que la merveille mystérieuse du Tao consiste en la manière dont le Quelque Chose sort du Rien. Lorsque l'esprit et l'énergie s'unissent après s'être cristallisés, il se forme avec le temps au milieu du vide du Rien, un point de Feu véritable. A ce stade, plus l'esprit est paisible et plus le feu est brillant. La clarté du feu est comparée à la chaleur du soleil au sixième mois. Lorsque le feu ardent cause l'évaporation de l'eau de l'insondable, la vapeur d'eau s'échauffe, et, lorsque le point d'ébullition est franchi, elle monte dans l'air comme de la neige qui vole. C'est ce qui est signifié par : « On voit la neige voler au sixième mois » (la fonction de « réduction en vapeur » est effectivement celle de Li selon le Yi-king, fonction solaire qui est aussi, étymologiquement, celle de K'ien. Li correspond en fait au solstice d'été (cinquième mois) mais l' « évaporation » de sa ligne yin qui fait retour à K'ouen l'amène effectivement à passer par le « sixième mois », K'ouen se situant à la charnière des sixième et septième mois). Mais puisque l'eau est vaporisée par le feu, l'énergie véritable s'éveille ; cependant lorsque l'élément obscur est en repos, la lumière commence à se mouvoir ; cela ressemble à l'état de minuit au nord (le yang s'animant tandis que le yin est au repos, c'est la ligne médiane de K'an faisant retour à K'ien. La position du trigramme K'an correspond en effet au nord, au milieu de la nuit et au solstice d'hiver, origines de la croissance des cycles solaires). C'est pourquoi les adeptes appellent cet état, l'état de minuit vivant (ou le minuit de la vie). A ce moment on travaille sur l'énergie dans l'intention de la faire s'élever en s'écoulant dans un mouvement rétrograde, descendre en s'écoulant dans un mouvement direct (ou progressif), comme le tournoiement ascendant de la roue solaire. C'est pourquoi il est dit : « à la troisième veille on voit le disque solaire émettre des rayons aveuglants » (c'est la formule ésotérique classique du soleil brillant « à minuit »). La méthode de la rotation emploie la respiration pour souffler sur le feu des portes de la vie (ou porte vitale, méthodes taoïstes anciennes : rétention et circulation interne du souffle. La « porte vitale » Cheng-men est traditionnellement située à proximité immédiate du nombril... la « porte de la vie » Ming-men, c'est là où réside Jing/Shen, elle se situe entre les deux reins, VG 4, L2-L3, Ming-men est la porte (men) par laquelle le Tao vient ensemencer la vie au moment de la conception); on réussit de cette manière à ramener la véritable énergie à sa place originelle. C'est pourquoi il est dit que le vent souffle dans l'eau (le « souffle » de Siuan vers K'an s'exerce en effet à contre courant). A partir de l'unique énergie (tsing) du Ciel antérieur (Sien-t'ien) se développe le souffle inspiré et expiré du Ciel postérieur (Heou-t'ien) et son énergie attisante (k'i). La voie conduit du sacrum vers le haut en un mouvement rétrograde jusqu'au sommet du créateur (k'ien) et à travers la maison du créateur, k'ien (La tête, qui correspond, chez les alchimistes occidentaux au chapiteau ou « ciel chymique » ; le créateur est le ciel, K'ien ☰) ; puis elle descend à travers les deux étages, en un mouvement dirigé vers l'avant (ou en mode progressif), dans le plexus solaire qu'elle réchauffe. C'est pourquoi il est dit « Voyageant dans le Ciel, on mange l'énergie spirituelle du réceptif, k'ouen » (« Utilise les rayons de la lumière, mais fait retour à la source ; n'attire pas sur toi les malheurs, voilà ce qu'on appelle 'suivre le constant'. » Tao-tö king, LII). Lorsque l'énergie véritable retourne dans le lieu vide (ou tout simplement au Vide), l'énergie et la forme deviennent avec le temps riches et pleines (ou abondance et plénitude), le corps et le cœur deviennent allègres et joyeux (ou satisfaction et sérénité). Si l'on n'atteint pas cela par le travail de la rotation (au sens ésotérique) de la roue de l'enseignement, de quelle autre manière parviendra-t-on à entamer ce grand voyage (le lointain voyage) ? Le point important est que l'esprit cristallisé renvoie ses rayons en arrière sur (ou se reflète dans) le feu de l'esprit et, grâce à un calme extrême, attise le « feu au milieu de l'eau » qui se trouve au milieu (au cœur) de la cavité vide (cela correspond au koua 63 du Yi-king, ki-tsi, l'« achèvement » ). C'est pourquoi il est dit : « Et le secret plus profond du secret : Le pays qui n'est nulle part est la véritable demeure » (ou « Et du secret, voici le plus profond secret : Le pays de nulle part, c'est là la véritable patrie »).
Le travail du disciple l'a désormais fait pénétrer dans le domaine rempli de mystère (ou dans les contrées secrètes) ; mais s'il ne connaît pas la méthode de la fusion (ou de la fonte), il est à craindre que la préparation (ou la réussite) de la pilule d'or, Kin-tan, ne rencontre pour lui de graves difficultés ; c'est pourquoi le Maître a livré le secret jalousement gardé des saints des anciens âges. Si le disciple conserve l'esprit cristallisé fixé sur la cavité de l'énergie et laisse régner le calme parfait, on voit dans l'obscure ténèbre un Quelque Chose sortir du Rien, ce qui veut dire que la Fleur d'or du grand Un apparaît. A ce moment la lumière consciente se distingue de la lumière de la nature. C'est pourquoi il est dit : « Se mouvoir quand on est stimulé par les choses extérieures fait qu'on la dirige directement vers l'extérieur et que l'on engendre un homme ; c'est la lumière consciente». Lorsqu'au moment où l'énergie véritable s'est rassemblée en abondance, le disciple ne la laisse pas s'en aller tout droit vers l'extérieur, mais lui imprime une direction rétrograde, c'est la lumière de vie ; on doit utiliser cette méthode de rotation de la roue à eau. Si l'on continue à tourner, l'énergie véritable retourne goutte à goutte aux racines à la source). Alors la roue à eau s'arrête, le corps est pur, l'énergie est fraîche. Une rotation signifie une révolution du ciel, que le maître K'éou appelle une petite révolution du ciel. Si l'on n'attend pas que l'énergie se soit suffisamment rassemblée pour l'utiliser, elle est encore à ce moment trop tendre et trop faible et la pilule d'or (Kin-tan) ne se forme pas. Si l'énergie est présente et qu'on ne l'utilise pas, elle devient trop vieille et trop rigide et la préparation de la pilule d'or ne se fait également qu'avec difficulté. L'utiliser en dirigeant son intention sur elle quand elle est ni trop vieille ni trop tendre, c'est le moment opportun. C'est ce que l'Éveillé veut dire quand il déclare : « La manifestation débouche dans le vide ». C'est la sublimation de la semence en énergie. Si le disciple ne comprend pas ce principe et laisse l'énergie s'écouler directement vers l'extérieur, l'énergie se transforme en semence ; c'est ce que l'on exprime par ces mots : « Le vide débouche dans la manifestation. » Mais tout homme qui s'unit corporellement avec une femme éprouve d'abord du plaisir et ensuite de l'amertume ; lorsque la semence s'est écoulée, le corps est las et l'esprit abattu. Il en est tout autrement quand l'adepte cause la réunion de l'esprit et de l'énergie. Cela procure d'abord de la pureté et ensuite de la fraîcheur ; quand la semence est transformée, le corps est bien portant et libre. La tradition rapporte que le vieux maître Pong avait atteint l'âge de 880 ans en utilisant de jeunes servantes pour alimenter sa vie (nourrir son principe vital), mais c'est une fausse interprétation. En réalité il a utilisé la méthode de sublimation de l'esprit et de l'énergie (personnage taoïste célèbre, c'est le P'ong-tsou, «tai-fou du temps des Yin» dont parle le Lie-sien tchouan. La réputation légendaire à laquelle il est fait allusion ici est due au Pao-p'ou tseu. Notons que le commentaire tardif est le seul à traiter de méthodes visant à la longévité physique, même s'il rejette, pour ce faire, les pratiques sexuelles). A propos de la pilule d'or, on utilise la plupart du temps des symboles ; et le feu de « ce qui s'attache » (Li) y est souvent comparé à une épouse, et l'eau de l'insondable à l'enfant. De là est née la fausse interprétation suivant laquelle le maître Pong avait restauré sa virilité au moyen d'un élément féminin. Ce sont là des erreurs qui ont continué à se répandre dans la suite. Toutefois les adeptes ne peuvent utiliser le moyen d'inverser l'eau et le feu (k'an et li, ici donc la remontée du tsing et la descente du k'i) que si leur intention est sincèrement tournée vers l'œuvre, sinon le mélange ne peut pas se réaliser de façon pure. La véritable intention est soumise à la terre ; la couleur de la terre est jaune (le jaune est en effet la couleur « centrale » qui correspond à l'élément Terre, aussi bien dans le Tantrisme que dans la tradition chinoise) ; c'est pourquoi dans les livres sur la pilule d'or (Kin-tan) elle est symbolisée par le rejeton jaune (l'Embryon jaune). Quand l'eau et le feu s'unissent, la Fleur d'or apparaît ; la couleur de l'or est blanche (le blanc est la couleur de l'élément Métal kin, donc de l'or kin, le métal par excellence. Le fait qu'il corresponde, dans le Tantrisme, à l'élément Eau, n'est pas contradictoire : la Fleur d'Or (blanche), c'est « le Métal au milieu de l'Eau ». Ainsi qu'on l'a dit plus haut, k'an + li, c'est le koua 63 du Yi-king : l'« achèvement ») ; c'est pourquoi l'on utilise pour symbole la neige blanche. Mais les gens du siècle, qui ne comprennent pas les paroles secrètes des livres de la pilule d'or, y ont mal interprété le jaune et le blanc si bien qu'ils les ont tenus pour des moyens de faire de l'or à partir des pierres. N'est-ce pas insensé ? Un vieil adepte a dit : « Autrefois chaque école connaissait ce joyau, seuls les insensés l'ignoraient totalement ». Si l'on réfléchit sur ce point, on se rend compte que les anciens obtenaient en réalité la longévité à l'aide de l'énergie séminale présente dans leur propre corps et qu'ils ne prolongeaient pas leurs jours en absorbant une pilule quelconque. Mais les gens du siècle ont perdu les racines et se tiennent au sommet. Le Livre de la pilule d'or dit également : «Si un homme juste utilise un moyen de travers, le moyen de travers opère de façon juste». Ces paroles signifient la transformation de la semence en énergie. « Mais si un homme de travers emploie le moyen juste, le moyen juste opère de travers ». Ces paroles signifient l'union corporelle de l'homme et de la femme, d'où naissent des fils et des filles. L'insensé gaspille le joyau suprême de son corps en jouissance incontrôlée et il ne sait pas conserver son énergie séminale. Quand alors elle est parvenue à son terme, le corps périt (cf. la formule attribuée à P'ong-tsou : « Toutes les fois que l'essence est petite, on est malade, et quand elle est épuisé, on meurt. » Maspéro. Ce que confirme l'Hathayogapradipikā, Avalon, « Celui qui connaît le Yoga doit garder sa semence. Car la dépense de celle-ci tend à la mort, mais la vie est à celui qui la garde »). Les saints et les sages n'ont pas d'autre manière de cultiver leur vie que de détruire les jouissances et de conserver la semence. La semence accumulée est transformée en énergie et quand l'énergie est suffisamment abondante elle crée le vigoureux corps créateur. La différence avec les gens ordinaires repose seulement sur l'utilisation de la voie directe ou rétrograde. Toute la signification de ce chapitre vise à éclairer pour le disciple la méthode permettant de faire le « plein d'huile » lorsqu'on rencontre la vie. La chose essentielle pour cela, ce sont les deux yeux. Les deux yeux sont le manche de l'étoile polaire (l'Étoile polaire chinoise antique, teou-mou, n'est pas la notre, mais une étoile de la Grande Ourse, autour de laquelle l'astronomie traditionnelle fait tourner les « 36 étoiles célestes » t'ien-kang et les « 36 étoiles terrestes » ti-cha. L'Étoile polaire, c'est le Faîte du Ciel, T'ien-ki. Outre la mise en rapport de la Grande Ourse, comme « troisième luminaire », avec le Soleil et la Lune, on rappellera sa correspondance avec le somment de la tête, identifié au Mont Kouen-Louen, autour duquel tourne le Soleil et la Lune). De même que le ciel tourne autour de l'étoile polaire prise pour centre, de même l'intention droite doit être ce qui gouverne chez l'homme. C'est pourquoi l'achèvement de la pilule d'or repose entièrement sur l'harmonisation de l'intention droite. Par conséquent lorsqu'on dit que la fondation peut être posée en cent jours, on doit tenir compte avant tout du degré de diligence dans le travail et du degré de vigueur de la constitution corporelle. Quiconque est ardent au travail et possède une constitution robuste parviendra plus rapidement à faire tourner la « roue de la rivière postérieure ». Si alors on a trouvé la méthode pour harmoniser les pensées et l'énergie entre elles, on peut alors achever la pilule dans les cent jours. Mais quiconque est faible et indolent n'y parviendra pas même lorsque les cent jours auront été dépassés. Quand l'élixir, Kin-tan, est achevé, l'esprit et l'énergie sont purs et clairs, le cœur est vide, la 'nature', Sing, est manifeste et la conscience se transforme en la lumière de 'nature' (l'expression se retrouve chez Paracelse). Si l'on immobilise de façon durable la lumière de 'nature', l'insondable k'an et ce qui s'attache li ont spontanément commerce entre eux (il faut évidement lire : tsing et k'i). Quand l'insondable et ce qui s'attache s'épousent, le fruit sacré naît. La maturation du fruit sacré est l'œuvre d'une grande révolution céleste. L'explication ne va pas plus loin que la méthode de la révolution céleste. Ce livre traite du moyen de cultiver (ou entretenir) la vie, Ming, et montre tout d'abord comment l'on débute en fixant l'arête du nez ; ici est ensuite montrée la méthode du renversement ; les méthodes pour affermir et laisser-aller se trouvent dans un autre ouvrage, le Su Ming Fang (Méthode pour prolonger la vie, autre nom du traité « Le Livre de la Conscience et de la Vie » ou méthode pour entretenir le Ming. Il s'agirait d'un ouvragee tardif (fin XVIIIe), dont l'auteur serait le même que celui du Houei-ming king, le moine Liu Houa-yang). note sur le premier chapitre : le Cœur Lorsqu'on fait circuler la lumière assez longtemps en cercle, elle se cristallise : c'est le corps naturel spirituel. Quelle est la nature de cet « autre corps » formé à partir de l'Embryon ? Le Houei-ming king enseigne que « hors du corps, il est un corps nommé « image de l'Éveillé », se référent ainsi au Long-yen king qui fait apparaître, dans le rayonnement de l'urna du Tathāgata, un autre Tathāgatha de lumière qu'il nomme « fils de l'Éveillé ». » Le « divin Cinabre », la Pierre philosophale, l'Élixir de Vie (la Fleur d'or (kin-houa), laquelle est identique au kin-tan, ou « Cinabre d'or », l'Embryon) ne sont obtenus que par un retour à l'indistinction première de la matière, à la materia prima, ce que réalise la fonte dans l'athanor. L'alchimie se réfère encore à la tradition plus ancienne des métallurgistes : le mineral est l'embryon qui, dans le sein de la terre, poursuit une maturation lente ; la qualité du métal obtenu sera fonction de la durée de la gestation : ce pourra être, finalement, de l'or. L'alchimie parachève et accélère dans le creuset l'œuvre spontanée de la nature (symboles de l'étymologie : le caractère 'tan' exprime la présence du cinabre dans le creuset de l'alchimiste. L'une de ses formes anciennes traduit la 'transformation' de l'homme par l'usage du cinabre. Le caractère 'kin' exprime la présence du métal dans le sein de la terre. Le caractère 'houa' (sous sa forme moderne) signifie 'l'achèvement' de l'évolution végétale. A noter qu'un homologue du premier, tan, a aussi le sens de « bouton de lotus, fleurir, éclore ». D'où un possible jeu de mot, Pierre Grison, T'ai-yi kin-houa tsong tche, éd. Tradit. 1986) .. Renkintanjutsu
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