Hermétisme
et 錬金丹術 Renkintanjutsu 七
École d'alchimie intérieure Wu Liu
Le Weisheng shenglixue mingzhi (annexe, alchimie féminine)
« Semblable à la fonte de l'or est l'étude de la voie,
D'un pourpre profond, l'éclat de l'or véritable fondu.
Faites mouvoir les trois joyaux dans le palais de l'obscur,
Afin qu'une perle de lumière renferme passé et présent.
(Introduction) Bien des siècles avant notre ère, la Chine s'adonnait déjà à la recherche de l'immortalité et de la fabrication de l'or. Cette alchimie opératoire, usant d'ingrédients minéraux ou végétaux, se développa principalement dans les milieux taoïstes jusque sous les Tang, période à laquelle elle déclina peu à peu au profit d'une alchimie intérieure. Cette dernière visait à l'obtention de l'immortalité à partir de procédés psychophysiologiques divers utilisant les ingrédients du corps. Par l'union des contraires et par des transmutations successives, l'adepte, d'une part, réunissait les deux pôles de la vie que constituent les mondes matériel et spirituel, d'autre part, retournait de la multiplicité à l'unité pour aboutir à la fusion mystique de l'être transfiguré avec le monde.
Les écoles d'alchimie intérieure ont en fait repris les procédés essentiels du taoïsme ancien : retour de l'essence séminale pour réparer le cerveau, techniques de circulation du souffle à l'intérieur du corps, concentration sur la relation entre les trois champs de cinabre (abdomen, cœur, tête) et les cinq viscères, concentration en certains lieux du corps, méditation sur la nature innée. Tels sont les principaux procédés présentés dans l'alchimie intérieure à travers la symbolique des systèmes de corrélation chinois et le vocabulaire de l'alchimie opératoire, les phases de l'accomplissement du Dao étant mises en correspondance avec celles de l'élaboration de l'or par les alchimistes.
Les transmutations de l'alchimie intérieure s'effectuaient principalement à partir de l'essence séminale, du souffle et de la force spirituelle, dans le processus d'inversion et de retour au Dao : « Fondre l'essence en souffle, le souffle en force spirituelle, et faire retourner la force spirituelle à la vacuité, c'est faire retourner toutes les choses au trois. le trois au deux, le deux à l'un puis à la vacuité, telle est la voie de l'immortalité qui va à rebours. »
Il y eut plusieurs traditions alchimiques, cachant parfois sous les mêmes termes des techniques différentes, faisant chacune un amalgame particulier des procédés taoïstes dont elles disposaient. Certaines traditions conjuguèrent l'alchimie externe et interne, d'autres distinguèrent au sein même de l'alchimie intérieure une phase externe et une phase interne, d'autres encore reprirent pour une grande part les anciens procédés du courant Shangqing exprimés en langage alchimique.
La femme, présente dans le taoïsme dès son apparition, pratiquait aussi l'alchimie interne en employant non pas l'essence séminale, mais les menstrues, c'était là une des différences fondamentales du cheminement de l'homme et de la femme. Les écrits taoïstes des diverses époques exposant les techniques et procédés de longue vie faisaient rarement mention de techniques spécifiques aux femmes ; tout au plus des différences minimes, telles que la prééminence de la gauche chez l'homme et de la droite chez la femme, de l'essence séminale chez l'homme et des menstrues chez la femme, étaient-elles indiquées. Il en fut de même en alchimie intérieure à ses débuts.
L'apparition sous les Qing à partir du dix-huitième siècle d'une littérature spécifique de l'alchimie féminine constituait donc une nouveauté dans l'histoire du taoïsme. Cette littérature, présentant parfois un caractère nettement populaire et provenant le plus souvent de séances d'écriture inspirée, fut transmise par des immortels des deux sexes, dont Sun la non duelle (Sun Bu'er), figure dominante de l'alchimie féminine, et les « fleurs célestes » de tous les temps, à des adeptes qui appartiennent à des sous-branches du taoïsme orthodoxe de la Perfection Totale (Quanzhen), courant dominant la scéne depuis la fin du douzième siècle.
Ces écrits ne traitent pas uniquement des techniques d'alchimie intérieure réservées aux femmes, ils exposent en outre des conceptions relatives à l'éthique féminine, à la vie de la femme dans la société ou dans la communauté religieuse, notamment les règles à observer ; on y retrouve une certaine permanence de l'image et du rôle de la femme dans le taoïsme depuis ses débuts, ainsi que la trace de son rôle social sous les Qing.
On aurait parfois tendance à considérer que le taoïsme est des trois doctrine fondamentales de la Chine (les deux autres étant le confucianisme et le bouddhisme) la plus favorable à la femme. Il est vrai que dans la société chinoise confucéenne, la naissance d'un garçon est une fête, tandis que celle d'une fille est entourée de discrétion. Les missionnaires ont maintes fois relaté la coutume observée dans les campagnes, d'abandon des enfants de sexe féminin dans les fossés. De même, ces dernières années, le mouvement lancé par le gouvernement chinois d'un seul enfant par famille a entrainé dans les campagnes des infanticides de filles, tant la filiation patrilinéaire est encore vivace dans la société chinoise. Dans ce système, si le rôle familial de la femme est important, son rôle social est extrèmement réduit. En outre, les femmes célibataires, les veuves et les secondes femmes répudiées y tiennent une place négligeable.
Le bouddhisme ne semblait guère plus favorable à la femme. On rapporte qu'Ananda, proche disciple du Buddha, dut implorer longtemps ce dernier avant qu'il accepte que des femmes puissent faire partie d'une congrégation ; et lorsqu'il le lui accorda, ce fut en précisant que cela écourterait de 500 ans la durée du bouddhisme dans ce monde. Par ailleurs, certains sutra précisent que, lorsqu'une femme parvient à l'éveil, elle se transforme en homme (Taisho 564 Zhuan nüshen jing, p. 918c : « Et puis lorsqu'une femme a accompli avec succès ces quatre procédés, elle quitte son corps de femme et devient rapidement un homme »). Pourtant, l'introduction du bouddhisme en Chine permis à des femmes laissées pour compte de devenir nonnes, et celles-ci ont représenté jusqu'à un tiers de la communauté masculine. Il existe d'ailleurs une collection de Biographies de nonnes (Biqiuni zhuan) éditée en 516 (cf. l'article de Kathryn Tsaï, « The chinese Buddhist monastic order for women : the first two centuries », dans Women in China, p. 1-20).
Le taoïsme accorde certes une grande importance à la femme et au féminin. Dans le Livre de la voie et de la vertu, l'image de la mère et de la féminité évoquée notamment par l'eau, la prédominance du souple, suggèrent un idéal féminin taoïste. Néanmoins, cette impression mérite d'être nuancée, comme on le verra à travers notre étude sur la femme dans le taoïsme et l'alchimie interne. Non seulemnt l'idéal androgyne prime sur l'idéal féminin (cf. Roger Ames, « Taoïsm and androgynus idéal », dans Women in China : current directions, p. 21-45), mais en outre, le fait qu'un idéal féminin soit prôné ne signifie pas nécessairement que le statut donné à la femme soit élevé ; on remarque au contraire qu'une exaltation de l'image féminine correspond souvent à une période d'oppression sociale de la femme. Cette ambiguïté est constamment présente dans les écrits sur l'alchimie féminine.
Si les procédés d'alchimie intérieure pouvaient être pratiqués par des femmes laïques ou religieuses, on constate néanmoins qu'ils ne sont jamais isolés d'un contexte religieux et s'inscrivent dans un ensemble de pratiques quotidiennes réglant précisément le comportement et s'adaptant à la vie sociale de l'époque. C'est pourquoi nous avons voulu situer les procédés d'alchimie féminine dans leur contexte historique et religieux, dans une première approche des représentations afférentes à la femme dans le taoïsme et dans la société chinoise.
La Femme dans le Taoïsme avant l'apparition de l'Alchimie intérieure (première partie)
Présence de la Femme dans les divers courants Taoïste (chapitre un)
La femme est présente dans le taoïsme dès l'apparition des premiers mouvements religieux (la fin du deuxième siècle voit l'apparition d'un certain nombre de mouvements politico-religieux, reconnaissant pour patron Laozi, auquel un culte fut rendu et qui fut divinisé en 166. Une inscription, le Laozi ming, fut composée à cet occasion), notamment dans deux des plus grands courants de l'Antiquité : la voie des Maîtres Célestes et l'école du Maoshan ou secte Shangqing. Cela ne signifie pas que la femme fût absente des autres courants, puisqu'on la trouve également dans le courant du Joyau Magique (Lingbao), la voie de la Loyauté et de la Piété Filiale (Zhongxiao dao), dont l'un des deux fondateurs, Xu Sun, actif dans la province du Jiangxi, eut pour préceptrice une femme, la mère Chen (Chenmu).
L'organisation taoïste des Maîtres Célestes instaurait une société du peuple taoïste (daomin) ou peuple élu (zhongmin), capable de survivre aux diverses calamités et de perpétrer l'ordre harmonieux. On rapporte que Zhang Daoling avait reçu la révélation de livres et de formules sur le Mont Heming dans le Sichuan, et avait délivré cette région des démons qui l'infestaient. C'est autour de ce personnage central que c'est constituée une véritable église de fidèles, dotés de pouvoirs à la fois temporels et spirituels. Leur territoire fut divisé en vingt-quatre diocèses chacun dirigé par un chef libateur (jijiu), qui pouvait être aussi bien une femme qu'un homme. A la tête de ces communautés se trouvait le maître du diocèse et son épouse, appelée « maître fémin » (nüshi) ; cette dernière était chargée de diriger et d'instruire les femmes. Le terme de nüshi, attesté pour la première fois dans un écrit du quatrième siècle, bien que son existence soit signalée avant les Han _ - _ (la mention la plus ancienne du terme nüshi remonte au quatrième siècle. On le trouve employé dans le T. 1294 (fasc. 1009) Rites de passage des écrits jaunes du Shangqing (Shangqing huangshu guodu yi), p. 3a ; il apparaît dans des textes plus tardifs, tels que le T. 1290 (fasc. 1008) Des vertus thérapeutiques de l'incantation des grottes abyssales et divines du Très Haut (Taishang dongshen dongyuan shenzhou zhibing kouzhang), p. 34a. Il est aussi mentionné dans le T. 421 (fasc. 193) Formules cachées pour l'ascension à la perfection (Dengzhen yinjue) de Tao Hongling (3. 8a) ; lors de la transmission des formules du maître céleste Zhang Wei à Wei Huancun, patronne du courant Shangqing, il est dit qu'à l'entrée dans l'oratoire, l'adepte informe les trois maîtres, Maître Céleste, maître féminin et maître personnel. Tao Hongqing ajoute qu'il en était de même avec les Han, à cette différence près que le maître féminin n'était pas forcément l'épouse du maître. Les textes du Canon Taoique sont mentionnés avec l'abréviation T. et le numéro correspondant à celui de la concordance de K. Schipper) _ - _ le terme de nüshi désignait dans l'école des Maîtres Célestes l'un des trois maîtres auquel le novice était lié : le Maître Céleste, le maître de filiation, et le maître féminin, c'est-à-dire le premier Maître Céleste Zhang Daoling, son petit-fils Zhang Lu et l'épouse de Zhang Daoling (Selon une autre source, il y avait trois maîtres masculins et leurs trois épouses (T. 1205 (fasc. 876) Santian neijie jing, 1. 6b)).
La femme avait dans la voie des Maîtres Célestes un statut équivalent à celui de l'homme, recevant les mêmes titres, les mêmes registres (les registres étaient autrefois des documents sur soie écrue portant les noms des divinités ou souffles sur lesquels l'adepte avait désormais un pouvoir. cf. K. Schipper, Le corps taoïste, p. 86-95) et pratiquant les mêmes techniques, en dépit de quelques différences minimes, tenant compte de la nature yang de l'homme et yin de la femme, qui apparaît donc ici comme complémentaire dans une société communautaire (le yang correspond à la gauche, le yin à la droite ; on préconise donc la droite pour la femme, et la gauche pour l'homme. Par exemple, selon le T. 1294 (fasc. 1009) Shangqing huangshu guodu yi, p. 15a ; «.Le souffle yang tourne à gauche, le souffle yin tourne à droite. » Selon le T. 1244 (fasc. 991) Shoulu cidi faxin yi, p. 17b : « Lorsqu'un homme et une femme reçoivent les registres des trois généraux disposés sur l'autel, l'homme prend à gauche, la femme prend à droite. » Selon le T. 1294 (fasc. 1009) Huangshu guodu yi, p. 12 : « A la fin de la cérémonie, le maître prend la main gauche de l'homme et la main droite de la femme. » Selon le T. 828 (fasc. 570) Huanzhen xiansheng funei yuanqi jue, formule 4 : « Le souffle redescend chez l'homme par la gauche, chez la femme par la droite. » Sur la gauche et la droite en Chine, cf. l'article de M. Granet (1933)).
Renkintanjutsu

Immortelles de la Chine ancienne
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Des distinctions tenant compte du statut social de la femme furent cependant établies dans les rituels exécutés lors de la remise de registres aux femmes. Les Rites des registres extérieurs pour les écrits et procédés de l'Un orthodoxe selon le Très Haut, écrit des Six Dynasties, énumèrent cinq catégories de femmes recevant les registres : les vierges recevant avant leur mariage une instruction religieuse soit chez elles soit dans la maison d'un maître, les femmes adultes mariées quittant leur famille pour vivre soit dans la famille d'un maître marié, soit auprès d'un maître féminin, les femmes mariées qui pratiquaient avec leur époux, les veuves, les femmes répudiées (cf. C. Despeux, « L'ordination des femmes taoïstes sous les Tang_», dans Études chinoises, V, 1986, p. 63-66).
Les hagiographies de femmes de ce courant sont toutefois rares, hormis celles de parentes (filles ou épouses) des premierss Maîtres Célestes, dont l'apparition semble d'ailleurs tardive. L'épouse de Zhang Daoling est en effet citée dans le Wushang biyao, encyclopédie taoïste du sixième siècle, où il est dit qu'elle obtint le Dao et fut un maître féminin (T. 1138 (fasc. 768-779) Wushang biyao, 84. 10b).
Dans le courant du Maoshan ou secte Shangqing, qui se développa à partir du quatrième siècle dans la région du Mont Mao (Maoshan) situé près de Nankin, des familles entières se retiraient sur les montagnes ; on a l'exemple d'un adepte de ce courant, Zhou Ziliang (497-516), qui se rendit sur le Maoshan avec sa tante et fut rejoint plus tard par un oncle, par sa mère, par son frère cadet et par un jeune cousin (cf. M. Strickmann, « A taoïst confirmation of Liang Wu-ti's suppression of Taoïsm », dans Journal of the American Oriental Society, 1978, 98-4, p. 467-475).
Ce courant, qui a compté parmi ses illustres adeptes des fonctionnaires actifs à la cour, privilégia le salut individuel, sans négliger pour autant les aspects communautaires. Mais, contrairement aux adeptes de l'école des Maîtres Célestes, ceux du Maoshan quittaient le plus souvent leur famille pour vivre sur une montagne, seuls ou en communauté.
La ségrégation des sexes semble avoir été en partie observée sans être la règle absolue. Les Annales du Mont Mao donnent en effet une liste des résidences de cette montagne, et l'on compte pour cinquante-sept administrateurs hommes pas moins de dix-huit femmes, qui dirigeaient des communautés féminines plus ou moins importantes (cf. T. 304 (fasc. 153-158) Maoshan zhi, 15. 8a, donnant une liste de noms de phalanstères et des femmes qui les dirigeaient).
L'accent était porté dans ce courant sur la pratique individuelle, qui concernait aussi bien les femmes que les hommes. On peut citer, parmi d'autres exemples, celui de Qian Miaozhen. Cette femme originaire de Jinling (actuelle région de Nankin) dans l'Anhui, quitta sa famille pour mener une vie érémitique, récitant constamment le Livre de la Cour Jaune (entre 520 et 527). Elle vécut trente ans dans la grotte Yankou (Yankou dong) situé près du Mont Mao, où elle mourut, laissant un écrit et sept poèmes. On y construisit un temple, et les femmes vinrent y rendre un culte (cf. T. 304 (fasc. 153-158) Maoshan zhi, 15. 3b).
Être réel ou divinisé, la femme occupait une place importante dans ce courant, le seul de l'époque à avoir admis pour patriarche une femme : Wei Huacun. La femme, partenaire de l'homme, passait, en partie ou entièrement, du domaine réel à celui de l'imaginaire. Idéalisée, elle appartenait à l'autre scène, au monde des dieux auquel l'adepte pouvait accéder par son intermédiaire et grâce à son aide, car elle lui servait aussi de préceptrice et de conseillère dans sa progression spirituelle. Ce passage de la femme dans le domaine de l'imaginaire allait de pair avec une intensification de sa fonction médiatrice ; c'est grâce à elle que s'effectuaient les métamorphoses successives conduisant l'adepte au rang de parfait, car la fonction essentielle de la femme est la transformation. Nombre d'adeptes féminins de ce courant sont devenues des divinités auxquelles on rendit un culte ; les hagiographies abondent en exemples de ces femmes, qui obtinrent la réalisation par des pratiques diverses, depuis la récitation de textes canoniques jusqu'aux diverses techniques du souffle et de la visualisation.
Un troisième courant taoïste, qui a laissé une littérature moins abondante que les deux précédents, mérite cependant d'être mentionné pour la place prépondérante de la femme, tant du point de vue cultuel que de l'adhésion féminine à ce courant. Il s'agit de la voie de la Loyauté et de la Piété Filiale (Zhongxiao dao), dont les deux fondateurs sont Xu Sun de la dynastie des Jin et Wu Meng. Si ce courant n'a pas été jusqu'à choisir comme premier patriarche une femme, à l'instar du Shangqing, il reconnut pourtant comme préceptrice de Xu Sun une femme, la Mère Chen (Chenmu). Bien que celle-ci ait résidé au Phalanstère de la Salle Jaune (Huangtang guan) près de Jinling (Nankin), ce courant se développa en fait dans la région des Monts de l'Ouest (Xishan) de la province du Jiangxi, lieu où furent actifs les deux fondateurs. C'est sans doute pour cette raison que les hagiographies de la Mère Chen relatent la légende suivante : un jour, celle-ci aurait annoncé son retour dans son pays natal. Prenant une paille, elle aurait déclaré : « Là où elle tombera, vous érigerez un sanctuaire ». Ce fut le Phalanstère de la Salle Jaune Jaune (Huangtang guan) du Jiangxi. Telle serait l'origine de ce temple (cf. la biographie de Chenmu dans le T. 298 (fasc. 150) Lishi zhenxian tidao tongjian houji, 2, 10b. Ce recueil d'hagiographies fut compilé par Zhao Daoyi, maître Quanzhen des Yuan. Nous abrégeons désormais ce titre en Houji)
Cette légende a manifestement été élaborée a posteriori dans le but d'établir un lien entre cette femme et Xun Sun, qui a résidé aux Monts de l'Ouest, non loin de Linchuan dans la province du Jiangxi, région dans laquelle ce courant c'est développé.
La dynastie des Tang, et en particulier le huitième siècle, marque l'apogée du taoïsme féminin, principalement dans le courant Shangqing. Cette religion fut alors activement soutenue par plusieurs empereurs, principalement l'empereur Ruizong et l'empereur Xuanzong (713-756). Par ailleurs, l'ordination au début du huitième siècle des deux princesses Jinxian et Yuzhen, filles de l'empereur Ruizong (710-713), eut un retentissement certain sur le développement du taoïsme féminin, même si les fins politiques de ces conversions sont évidentes (cf. Catherine Despeux, « L'ordination des femmes taoïstes sous les Tang », dans Études Chinoises, V, 1996, p.53-100).
Leur ordination se déroula dans un faste inouï. « L'on érigea une aire sacrée en terre battue à trois degrés, haute de douze pieds, entourée de bandes de soie rouge ornées de lotus d'or, et de soie bleue aux inscriptions d'or pourpre... A l'intérieur de l'aire sacrée, il y avait : à l'est, des coussins de brocart bleu, au sud, des coussins grenat, à l'ouest, des coussins de brocart blanc, au nord, des coussins de brocart violet, et au centre, des coussins de brocarts de couleur jaune. Le sol était recouvert de nattes brodées de barbes de dragon et d'ailes de phénix. Aux quatre orients et au centre étaient également disposées des tables basses de la couleur correspondant à la direction, sur lesquelles étaient posés des dragons de brocart, des dragons d'or et des cercles de jade (selon le T. 483 (fasc. 266) Jinlu zhaiqi tanyi, 4a, les cinq dragons d'or servaient à fixer les cinq écrits réels (zhenwen). Selon le T. 1241 (fasc. 990) Chuanshuo sandong jingjie falu lüeshuo, 2.10b, on utilisait selon les cas trois, cinq, six ou neuf dragons d'or servant à transmettre les messages et informations aux administrations célestes). Il y avait aussi, quatre orients et au centre, dix-huit pièces de soie bleue, six pièces de gaze rouge, quatorze pièces de gaze blanche, quatorze pièces de gaze noire et vingt-quatre pièces de gaze jaune…
Les tables basses étaient recouvertes de voiles brodés de phénix courbés, de dragons volants, de couples de grues et de phénix ; elles portaient les écrits sacrés disposés dans des étuis brodés d'objets précieux, d'oiseaux surnaturels, d'animaux légendaires, de poissons, insectes, arbres, paysages, nuages, filles divines, jeunes immortels et divinités protectrices des textes sacrés. Ces tables basses étaient incrustées de jade et d'or. Elles étaient en bois d'essences les plus précieuses, tels que le bois de santal, sculptées de phénix en vol, de grues dansantes, avec des incrustations de fleur d'or et de feuilles de jade. Les étuis protégeant les écrits étaient faits des sept joyaux, tels l'or et le jade blanc, ornés des neuf immortels (On parle le plus fréquemment de huit immortels, expression déjà attestée sous les Han Orientaux : toutefois le chiffre de neuf apparaît également, sous les Six dynasties et les Tang ; cf. l'article de Pu Jiangqing, « Baxian kao », dans Qinghua xuebao, 1936, 11-1, p.91). Les registres étaient enfermés dans des sacs de brocart bleue, grenat, écru, violine, jaune, bariolé, et des cinq couleurs. Il y avait aussi des malles, des paniers, des petites boîtes ornées de perles de jade, au travail admirable, d'une beauté sans pareille au monde, comme je n'en avait jamais vues et d'une valeur inestimable…
On effectua des rites et l'on procéda à la récitation des écrits pendant quatorze nuits. Lorsque la prière du jeûne fut commencée, des fleurs de bon augure et de la neige se mirent à voltiger. Lorsque les écrits réels furent dévoilés, les nuages recouvrirent tout l'espace. La quatorzième nuit, à la quatrième veille, le seigneur Lao (Laozi) descendit sur l'autel et s'entretint avec les princesses. Le jour de la transmission apparurent des nuages des cinq couleurs, et huit sortes de parfums embaumèrent l'atmosphère… » (extraits du récit de l'ordination rapporté par un célèbre taoïste de l'époque, Zhang Wanfu, qui assista lui-même aux cérémonies, dans le T. 1241 (fasc. 990) Chuanshuo sandong jingjie falu lüeshuo, 2.18a-21b).
Sous l'empereur Xuanzong, qui soutint activement le taoïsme, le courant Shangqing, qui avait reconnu pour patriarche une femme, Wei Huacan, occupait la position la plus élevée dans le taoïsme. En 724, l'empereur Xuanzong fit élever les ouvrages de Laozi, Zhuangzi, Liezi et Wenzi au rang d'écrit canonique, comme les livres confucéens. En 741, il ordonna la fondation d'une école des études taoïstes dans les deux capitales et dans chaque préfecture. Un examen d'études taoïstes, qui devait avoir la même importance que l'examen sur les classiques confucéens, fut créé. En 736 fut fondé un office du culte taoïste dépendant de la cour des affaires familiales. Celui-ci tenait le registre nominatif des temples taoïstes de la capitale, des rituels effectués, et du nombre des taoïstes dans tout l'empire. Taoïstes hommes et femmes devaient recevoir des certificats d'ordination et s'inscrire une fois tous les trois ans. Un registre de ces inscriptions était envoyé au ministère des rites, un autre au département du cérémonial envers les étrangers, un troisième à la préfecture ou au district. Au huitième siècle, l'on comptait dans tout l'Empire mille six cent quatre-vingt-sept phalanstères taoïstes, dont mille cent trente-sept occupés par des hommes et cinq cent cinquante par des femmes (cf. Tang liudian, éd. Guangya shuju, 4.15b-16a. Selon Des Rotours, Traité des fonctionnaires III, p. 383, ces chiffres sont valables pour l'ère Kaiyuan (713-741)).
La politique de soutien au taoïsme menée par l'empereur Xuanzong favorisa le taoïsme féminin ; l'Empereur protégea les deux princesses Yuzhen et Jinxian, ses sœurs, soutint le culte à Magu, la « dame de chanvre ». En 748, il demanda que près du sanctuaire de Fei Miaoxing, épouse du Maître Céleste Sun Zhiliang, soit construit un phalanstère pour femmes taoïstes dans la région de l'actuelle Nangchang (Jianxi) ; sept femmes y furent ordonnées (cf. T. 298 (fasc. 150) Lishi zhenxian tidao tongjian houji, 4.19a-b). » (Catherine Despeux, Immortelles de la Chine ancienne p. 9-25)
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