Hermétisme
et 錬金丹術 Renkintanjutsu 十

École d'alchimie intérieure Wu Liu

Le Weisheng shenglixue mingzhi (annexe, alchimie féminine)

« Importance Cultuelle de la Femme (chapitre quatre, suite)
Le culte de Wei Huacun sur le Pic du Sud (suite)
Selon la légende, elle aurait réalisé le Dao sur la Pic du Sud (Hunan), appartenant à la chaine des Monts Heng. Celle-ci, dont le point culminant atteint 1290 m, se dresse dans la Chine méridionale, au sud du Fleuve Bleu, en l'un des plus beaux sites de la province du Hunan. A ses pieds coule la rivière Xiang, affluent du Fleuve Bleu, mêlant harmonieusement la montagne et l'eau. Le Pic du Sud, considéré comme l'un des cinq pics sacrés, fut le centre d'une intense activité religieuse ; bouddhistes et taoïstes s'y côtoyèrent. Pas une falaise, pas un ruisseau, pas un pic dont le nom n'évoque l'omniprésence du sacré ; tel le Pic de la Descente des Parfaits, le Pic des Champignons Magiques, le Pic de la Réunion des Immortels, le Pic de Mañjuśrî etc. Plusieurs grands maîtres bouddhistes y vécurent, et sous les Tang, les deux tiers des constructions étaient bouddhiques ; pourtant, durant cette même période, ce sîte fut aussi un haut lieu du taoïsme, notamment du taoïsme féminin (Il existe plusieurs sources sur ce Pic du Sud. Le Nanyue zhi « Monographie du Pic du Sud » est un ouvrage révisé par Li Yuan, décrivant les divers sommets de cette chaine de montagne, et faisant précéder cette description d'illustrations au pinceau des soixante-douze pics, prenant modèle, selon ses dires, sur Pei Xiu des Jin, auteur des Dix-huit représentations du Yugong (Yugong shiba tu) | Le Taisho 2097 Nanyue zongsheng ji, écrit au douzième siècle, donne la description d'une soixantaine de temples bouddhiques et d'une trentaine de phalanstères taoïstes de ce pic. | Le T. 606 (fasc. 332) Nanyue zongsheng ji de Chen Tianfu des Song décrit les phalanstères de ce pic. Le T. 453 (fasc. 201) Nanyue xiaolu fut écrit par un taoïste des Tang, Li Chongzhao. Ce titre est répertorié dans le Xin Tangshu, 59, 1523).

Wei Huacun est déjà surnommée la Dame du Pic du Sud dans les Révélations des parfaits, lors de ses apparitions à Yang Xi, entre 384 et 399. Toutefois, son culte n'est pas attesté avec certitude sur le Pic du Sud à la fin du IVe siècle alors qu'il devient, au VIIIe siècle, le centre d'une intense activité féminine.

Un autel à la Dame Wei se trouvait, d'après un écrit de la fin du VIIIe siècle, à l'ouest du Phalanstère des Esprits Surnaturels de l'Ouest (Xiling guan) construit en 506, sous la dynastie des Liang, premier phalanstère pour femmes connu sur le Pic du Sud (T. 453 (fasc. 201) Nanyue xiaolu, 7a). On remarquera que Xiling est une épithète de la Reine Mère de l'Ouest (cf. Houji, 3.1a, biographie de Shangyuan furen, faisant référence à la Reine Mère de l'ouest sous le titre de Xiling wangmu « Reine mère des esprits surnaturels de l'ouest »), ce qui donne à penser que ce temple était dédié à cette divinité.

Le culte à la Reine Mère de l'Ouest existaient déjà, semble-t-il, sur le Pic du Sud sous la dynastie des Jin. On sait en effet que le Phalanstère du Pic Heng (Hengyue guan) fondé en 287 par les taoïstes Xu Lingqi et Deng Yuzhi fut établi sur les fondations de l'ancien Palais de la Reine Mère (Wangmu dian) (Taisho 2097 Nanyue zongsheng ji, p. 1068c. En 287, Xu Lingqi du pays de Wu et Deng Yuzhi auraient inauguré le Phalanstère Hengyue situé au pied du versant sud du Pic du Dais Pourpre (Zigai feng) sur les fondations de l'ancien Palais de la Reine Mère (Wangmu dian). Selon le Nanyue zhi, 20.12b, au Qizhen guan situé à gauche du Temple du Pic du Sud résidaient sous les Han de l'Ouest les deux parfaits Wang et Pi. Il y avait dans ce temple une salle consacrée à la Mère du Métal).

Cet autel à Dame Wei est décrit dans plusieurs sources écrites du VIIIe siècle. Il était situé au pied du versant sud du Pic du Pilier Céleste (Tianzhu feng), le plus haut pic des Monts Heng. Il est ainsi décrit par Du Guangting :

« L'autel de Dame Wei, écrit-il, est situé devant le pic central du Pic du Sud, sur une énorme pierre. C'est une grande pierre large de plus de dix pieds, ronde à sa base et carrée en haut, posée en équilibre sur une autre pierre. Si une seule personne essaye de la bouger, il semble qu'elle puisse être déplacée, alors qu'elle reste stable sous la poussée de plusieurs personnes. On rapporte qu'il s'y passe des phénomènes étranges et surnaturels. Souvent, les immortels divins et les solitaires viennent s'y reposer, des nuées étranges et des souffles surnaturels cachent alors son sommet. Un jour une dizaine de moines armés de bâtons vinrent sur l'autel attaquer la Dame Gou ; celle-ci se réfugia dans sa demeure, étendue sur son lit, mais les attaquants ne la virent pas ; ils sortirent, et la pierre les écrasa » (T. 590 (fasc. 325-326) Daojiao lingyan ji, 2.2a. Ce phénomène est aussi rapporté par le Nanyue zhi 20.8-10). Cet autel fut surnommé l'Autel de l'Arrivée en Vol (feiliu tan) d'après une légende voulant que Dame Wei y soit arrivée sur un dragon volant depuis la région de Wuzhou, dans la province du Jiangxi (T. 453 (fasc. 201) Nanyue xiaolu, 8b et T. 606 (fasc. 332) Nanyue zongsheng ji 26a, deux sources rapportant que Dame Wei aurait cultivé le Dao en ce lieu pendant l'ère Xianhe (326-334)). Une autre légende rapporte que ce serait la Dame de Chanvre (Magu) qui, chevauchant les nuages, aurait elle-même amené Wet Huacun depuis Wuzhou ; toutes deux se seraient coagulées lors de leur descente en cette pierre devenue l'autel de Dame Wei (Taisho 2097 Nanyue zongsheng ji, p. 1079b).

Dame Gou, originaire de Changsha (Hunan), est la plus célèbre des taoïstes à avoir pratiqué le Dao auprès de cet autel, vivant dans la seule compagnie des tigres et des loups qui rôdaient sans cesse autour, si bien que les promeneurs s'en approchaient toujours en groupe ou armés. Au bout de plusieurs années, un oiseau noir, se présentant comme l'envoyé de la Dame du Pic du Sud (Wei Huacun), vint lui tenir compagnie. Il lui déclara un jour que la Reine Mère de l'Ouest ayant aussi pour nom de famille Gou était son ancêtre.

A côté de cet autel fut construit sous les Tang en l'ère Tianbao (742-756) le Pavillon du Vide Pourpre (Zixuge), Vide Pourpre était l'un des titres de Dame Wei (le titre le plus courant est Princesse Originelle du Vide Pourpre (Zixu yuanjun)). Détruit, il fut reconstruit entre 1023 et 1032, et entre 1034 et 1038 on grava sur le frontispice l'inscription « Pavillon de la Princesse Originelle du Vide Pourpre ». En 1115, on changea le nom en Phalanstère de la Cour Jaune (Huangting guange), sans doute en référence au Livre de la Cour Jaune, écrit fondamental lié aux procédés du Shangqing. Ce phalanstère comprenait une statue de Dame Wei avec à ses côtés une statue de Magu, devenue son assistante (Taisho 2097 Nanyue zongsheng ji, p. 1079b).

A travers divers éléments de ce culte transparaît déjà une assimilation entre le culte de Wei Huacun, celui de la Reine Mère de l'Ouest et celui de la Dame de Chanvre, qui prit, comme nous allons le voir, une importance considérable sous les Tang sur les Monts de l'Ouest (Jiangxi), non loin du Pic du Sud.

Le culte de la Dame de Chanvre (Magu) aux Monts de l'Ouest
Magu ou la Dame de Chanvreaurait vécu sous l'empereur Ming (57-75) des Han ; elle serait apparue chez une certaine famille taoïste du nom de Cai avec Wang Fangping (la source la plus ancienne sur l'existence d'un culte à Magu dans le Jiangxi fut écrite par Yan Zhenqing (709-786), célèbre calligraphe et préfet de la région de Wuzhou dans le Jiangxi. Adepte du courant Shangqing, il a joué un rôle important dans la soumission d'An Lushan et permit ainsi à ce courant de garder sa vigueur. Ce texte, le Wuzhou Nancheng xian Magu shan xiantan ji (Yan Lugong wenji 13.7a-9a), présente Wang Fangping comme l'époux de Magu, alors que les sources plus tardives telle que le Yongcheng jixian lu (4.10b-13b) de Du Guangting le présente comme le frère de Magu). Une partie des cheveux noués en chignon, l'autre partie tombant épars sur les épaules, Magu avait, dit-on, les ongles semblables à des griffes d'oiseau. Elle pratiquait avec Wang Fangping la technique des cuisines de voyage(xingchu), procédé très en vogue depuis les Han jusqu'aux Tang, allant de pair avec les procédés d'abstinence des céréales remplacées progressivement par des plantes, puis par le souffle absorbé lors des exercices respiratoires (sur ce sujet, cf. R.A. Stein, cours donnés au Collège de France, dans Annuaire du Collège de France, 1972-73 p. 50-53 et 62-66. Cf. J. Lévi, « L'abstinence des céréales chez les taoïstes », dans Études Chinoises, I. 1983), ayant à son service des filles de jade et des adolescents d'or lui apportant des mets célestes aux saveurs les plus délicates présentés dans des plats en or, du vin céleste, véritable nectar présenté dans des gobelets de jade. Ce thème du naquet est également présent lors de la rencontre entre la Reine Mère de l'Ouest et l'empereur Wu des Han.

La visite de Magu et de Wang Fangping chez la famille Cai, telle qu'elle est relatée dans les Annales de l'assemblée des immortelles de la ville Yong, évoque tout à fait le déroulement d'un exorcisme. Wang Fangping apparut chez la famille Cai, portant la coiffe des randonnées lointaines (La coiffe des randonnées lointaines fut portée à la cour par le prince héritier et par les rois. Cette coiffe était similaire à la « coiffe de pénétration céleste » (tongtian guan) portée par l'Empereur, avec en moins une plaque en forme de montagne placée sur le devant. Ces coiffes sont décrites notamment dans l'Histoire des Sui (Shuishu), 10.233), un vêtement rouge à tête de tigre et une épée (le vêtement rouge à tête de tigre et l'épée sont des attributs caractéristiques des exorcistes), chevauchant un char conduit par cinq dragons et entouré d'une suite majestueuse de douze bataillons à l'instar des grands généraux, en tout plus de cinq cents personnes, dont la bouche était scellée par de la cire. Sa suite disparut, et il resta un long moment avec le père et le frère de Cai Jing. Ils invoquèrent Magu à plusieurs reprises. La première fois, ils entendirent seulement les chevaux, pes flûtes droites et les tambours. Son escorte était moitié moins importante que celle de Wang Fangping. Tous les membres de la famille Cai la virent, sous l'aspect d'une jeune fille d'environ dix-huit ans. Elle devait aller rendre visite à la mère de Cai, ma comme la femme du frère cadet avait accouché dizaine jours auparavant, elle lança d'abord du riz purificateur (comme dans nombre de traditions, en Chine, une femme venant d'accoucher est source d'impuretés) pour éloigner les influences néfastes et les impuretés, lequel se transforma en perles. Cai Jing, voyant les ongles griffus de Magu, pensa qu'elle pourrait lui gratter le dos, mais Wang Fangping devinant ses pensées le fit fouetter. L'on voyait seulement le fouet s'abattre sur le dos de Cai et Wang Fangping s'écria : « Mon fouet ne peut être obtenu si facilement. » Ce jour là, un talisman fut transmis à Cai et à son voisin Chen Wei, avec la méthode pour convoquer les démons et guérir les maladies. Cai obtint également le procédé de « délivrance de la chrysalide » (shijie) (ce terme désigne plusieurs procédés permettant à l'adepte de quitter son corps et monter au ciel. Cf. I. Robinet , « Métamorphosis and délivrance from the corpse in Taoïsm »), tandis que Wang remis la plupart de ses écrits à Chen Wei. Ceux-ci étaient transcrits en écriture de sceau (zhuanwen), aux caractères larges et grands. La famille de Chen Wei conserva précieusement ces documents de génération en génération. Le banquet terminé, Wang Fangping et Magu remontèrent au ciel sur leur attelage.

Cette description fait donc intervenir non pas des personnages réels, mais des apparitions, et l'on peut d'ailleurs se demander si le nom de Magu « Dame de Chanvre » ne dénote pas un lien entre ce culte et l'usage du chanvre comme hallucinogène. Les traits médiumniques et exorcistes y sont nombreux. Tout d'abord, au son de la musique, plus précisément au son des flûtes et des tambours, les divinités sont invitées à descendre. Puis est lancé le riz pour nourrir les esprits maléfiques, les chasser, nettoyer les impuretés dues à un accouchement récent. L'on note également la présence du fouet et de l'épée, attributs communs de l'exorciste, et la méthode transmise ce jour-là est précisément une méthode d'expulsion des démons. On remarquera enfin que Magu a des griffes d'oiseau ; or l'oiseau, qui apparaît aussi lié à la Reine Mère de l'Ouest et à d'autres femmes est un animal important dans le chaminisme et dans les milieux exorcistes.

Le culte de Magu prend son origine dans les provinces de l'Anhui et du Jiangsu ; il devait être déjà bien implanté lorsque Ge Hong écrivit l'hagiographie de cette dame. A Xuanzhou, dans la province de l'Anhui, il y avait encore sous les Yuan un autel à Magu (cf. Qiujian ji, 71.3b ; Houji, 3.3b).

_ Renkintanjutsu




Nātha




Dans un passage de la Biographie interne de la dame Wei, qui ne subsiste que sous forme de fragments, Magu est présentée comme l'assistante de Wei Huacun (Taisho 2097 Nanyue zongsheng ji, p. 1066b). Ces deux dames sont déjà bien associées sous les Tang. On les retrouve encore associées comme assistantes du Seigneur Véritable du Pic du Sud. Le Phalanstère du Seigneur Véritable (Zhenjun guan) était situé à cinquante pas à l'est du Quande guan et dédié à l'Empereur Rouge. En L'ère Kaiyuan, le taoïste Sima Chengzhen déclara que chaque pic sacré était gouverné par un véritable supérieur, qui ne devait en aucun cas cohabiter avec les divinités auxquelles on faisait des sacrifices sanglants. Un édit impérial ordonna donc que l'on construise un palais à ces divinités et qu'à chaque période lixia de l'été, après jeûnes et purifications, le fonctionnaire de la préfecture offre un rituel d'offrandes jiao dans ce phalanstère et que l'on y ordonne cinq taoïstes. La cinquième année de l'ère Kaiyuan, l'empereur Minghuang composa l'Écrit des cinq esprits surnaturels (Wuling jing), dans lequel il précisait que ce Seigneur Véritable du Pic du Sud avait neuf assistants, dont nos deux dames ; Wei Huacan, et Magu surnommée la « la princesse originelle au cœur infini » (T. 606 (fasc. 332) Nanyue zongsheng ji, p. 1a).

Wei Huacan et Magu sont encore associées dans la province du Jiangxi, où l'on note la présence dans la région de Wuzhou d'un autel à Magu, situé à proximité d'un autel à Wei Huacan sur les Monts de l'Ouest. Cet autel est décrit par une inscription sur stèle datant de 771 et écrite par Yan Zhenqing, préfet de Wuzhou, calligraphe renommé et adepte du Changqing (Yan lugong wenji, 13.7a-9b). Le texte de la stèle commence par reprendre la biographie de Magu selon les Biographies des immortels divins de Ge Hong. Dans celle-ci, Wang Fangping n'est pas du tout le frère de Magu, mais son époux. Cet autel de Magu aurait été situé au sommet du Mont Magu selon une carte vue par Yan Zhenqing en 768 (Yan lugong wenji, 9.7a-9 ; cf. aussi Houji, 3.3b. Selon le Taiping huanyu ji. « Géographie universelle de la période Taiping » (976-983) écrite par Yue Shi, un autel à Magu se trouvait au sommet du Mont Magu situé à vingt-deux li au sud-ouest de Nancheng, et c'est là que, selon la légende, Magu aurait réalisé le Dao (110.11a)), à l'endroit où Magu aurait effectué son ascension au ciel.

Pendant l'ère Kaiyuan (713-741), le taoïste Deng Ziyang cultiva le Dao en cet endroit et reçu l'ordre de s'occuper du Datong dian. En 739, il vit un attelage tiré par des dragons et des tigres, chevauché par deux divinités, et sut que sa fin était proche. Il demanda qu'on l'enterre sur ce mont et que l'on construise un phalanstère près de l'autel de Magu, ce que fit faire l'empereur Xuangzong. En 746, un dragon jaune apparut dans la cascade voisine, et Xuangzong donna l'ordre d'agrandir le phalanstère. Dès lors Magu apparut souvent à cet endroit (Pendant l'ère Tianbao (742-755), l'empereur Xuangzong accueillait tous les récits de faits extraordinaires ou d'apparitions, qui étaient consignés par le collège des historiens).

Ce culte, bien développé sous les Tang, avait conservé sa vigueur sous les Song, époque à laquelle Magu reçut à plusieurs reprises un titre honorifique. Il faut noter que Magu, associée à Wei Huacun, est aussi liée à la Reine Mère de l'Ouest, ces deux divinités étant souvent mises en parallèle dans la poésie des Tang notamment.

Dans le taoïsme Quanzhen des Jin et des Yuan, berceau de la tradition alchimique féminine, Magu est souvent citée en exemple, tel Ma Dayang qui s'écrie :

« Dames taoïstes, écoutez-moi,
Prenez modèle sur la Dame de Chanvre parvenue à la pureté,
Imitez ses pratiques excellentes et merveilleuses,
N'aiguisez pas votre intelligence
Mais accomplissez l'Œuvre, et vous irez à la capitale de jade. » (T. 1142 (fasc. 786) Jianwu ji, 1.20b)

Comme la Reine Mère de l'Ouest et Wei Huacan, Magu sera intégrée à certaines lignées de transmission de l'alchimie féminine.

Le culte de Dame Fleur (Huagu)
Dame Fleur est le surnom de Huang Lingwei, taoïste qui vécut à la fin du VIIe siècle dans la province du Jiangxi. Cette femme avait entendu parler en 693 des vestiges de deux autels de Wei Huacun : le premier était situé au bord de la rivoère Luo près de Linchuan, le second sur le mont du Puits des Pierres à quarante li environ au sud du district de Linchuan. Le taoïste Hu Huichao des Monts de l'Ouest (Le Xin Tangshu répertorie un Shenxian neizhuan en un juan (59.1523) de Hu Huichao, et le Chongxu zi Hu Huichao zhuan en un juan écrit par un taoïste anonyme. Hu Huichao fut taoïste au temps de l'empereur Gaozong (650-684)), qu'elle était allée trouver, lui indiqua leur emplacement précis ; il lui dit également qu'elle trouverait au centre de l'autel une tortue, ce qui laisse supposer qu'il y avait un culte à la Reine Mère de l'Ouest, souvent représentée sur une tortue (Dans le Yongcheng jixian lu, Xi wangmu est appelée Mère de Métal du Mont de la Tortue (Guishan) ; dans le Shanhai jing chap. 12, elle réside au Mont de la Tortue ; le T. 1223 (fasc. 963-972) Changqing lingbao dafa donne une représentation de la Reine Mère de l'Ouest chevauchant une tortue (4.38a)), et au-dessous une statue de la Dame Wei ainsi que quelques objets rituels. En 710, l'empereur Ruizong ordonna au taoïste Ye Shanxin d'aller effectuer un rituel pour la construction d'un phalanstère à l'Ouest de cet autel. Huang Lingwei en devin la directrice et y instruisit sept femmes. Au début de l'ère Kaiyuan (713), l'empereur Xuanzong ordonna que des rituels y soient effectués sans interruption (Biographie de Huang Lingwei dans le Houji, 4.14a-16a. Stèle de Yan Zhenqing intitulée Wuzhou Linchuan Jingshan Huagu xiantan beiming, dans Quan Tang wen, 340.1a-3b), et demanda à Yan Zhenqing d'écrire une stèle faisant l'éloge de cet autel (Taiping huanyu ji 110.4b). Quelque temps plus tard, Huang Lingwei reçu au cours du rêve l'ordre de restaurer les vestiges du Mont du Puits des Pierres. Elle mourut la neuvième année de l'ère Kaiyuan (721). L'empereur Xuanzong donna l'ordre au taoïste Cai Wei de faire entrer sa biographie dans les Biographies des immortels postérieux (Houxian zhuan) (Cet ouvrage aujourd'hui perdu est une des sources du Yongcheng jixian lu). En 740, il ordonna au taoïste Ji Longbi de faire un rituel d'offrandes. Durant son déroulement, un prodige se manifesta : un cerf blanc traversa l'autel et se rendit jusqu'à la tombe de Huang Lingwei. Le préfet Zhang Jingshi de Fanyang écrivit une inscription gravée sur stèle pour raconter ce prodige (Quan Tang wen, 340.16). En 749, Huang apparut à deux femmes taoïstes à l'endroit où elle avait obtenu l'immortalité. Puis, en 768, Yan Zhenqing vint à savoir que plus personne n'occupait le temple. Il ordonna donc au taoïste Huang Daojin du Xianling guan et à quatorze autres taoïstes d'y résider pour que l'on continue à y instruire des femmes (Yan Lugong wenji, 9.7-9b : Wuzhou Linchuan Jingshan Huagu xiantan beiming). Cette femme est donc elle aussi liée à Wei Huacun et à la Reine Mère de l'Ouest, dont la présence discrète est suggérée par la mention de la tortue sur l'autel en ruines. Elle sera intégrée à certaines lignées de transmission sur l'alchimie féminine.

Les Débuts de l'Alchimie Interne Féminine (Deuxième Partie)
Alchimie Externe et Alchimie Interne (Chapitre I)
L'alchimie externe (waidan), qui remonte aux premiers siècles de notre ère, atteignit son plein essor sous les Six Dynasties, continua à se développer sous les Tang (VIe-IXe siècles) pour diminuer progressivement d'importance aux époques postérieures sans pour autant disparaître totalement.

L'alchimie interne existait déjà à l'état embryonnaire au IVe siècle chez Ge Hong, surnommé le « Maître qui embrasse la simplicité ». Ce personnage, passionné d'alchimie externe au point de parcourir toute la Chine du sud à la recherche du cinabre, matière première indispensable à ces pratiques et au demeurant très coûteuse, utilise le terme de « cinabre yin » (yindan) pour désigner l'essence séminale (Baopu zi, chap. 6, p.118 ; chap. 13, p. 223 ; chap. 15, p. 247), ingrédient situé à l'intérieur du corps et jouant un rôle important en alchimie interne. Le terme même d'alchimie interne (neidan) n'est toutefois attesté qu'au milieu du VIe siècle dans un écrit du moine bouddhiste Huisi (515-577) (Nanyue si da chanshi lishi yuanwen, dans Taisho 1933, p. 791c), et il apparaît dans un contexte taoïste quelques décennies plutard, dans la biographie de Su Xuanglang (cf. Chen Guofu, Daojia yuanliu kao, vol. 2, p. 389, 435). En l'ère Kaihuang (581-600) des Sui, Su Xuanglang vint habiter dans la vallée Qingxia des Monts Luofu près de Canton pour cultiver le grand cinabre ; aussi fut-il surnommé le Maître de Qingxia (Qingxia zi) (Les pharmacopées des Song, telle que le Zhenglei bencao, ont conservé des fragments d'un Qingxia zi). Ses disciples, qui avaient entendu parler d'un parfait Zhu ayant acquis l'immortalité grâce à l'absorption du champignon magique, discutaient entre eux de ce fameux champignon et de la difficulté à se le procurer. Entendant ces propos, leur maître se mit à rire et dit : « Ce champignon magique se trouve à l'intérieur des huit manifestations lumineuses (bajing), il s'obtient à l'intérieur de la chambre jaune. Selon un adage, il n'existe pas l'ombre d'un seul champignon avant le ciel et ma terre, celui-ci est un produit de la pensée créatrice unifiée accomplissant le joyau suprème ». Pour illustrer celà, Su Xuanglang écrivit le Guide du Dao, et ses disciples surent ce qu'était l'alchimie intérieure (Histoire de Su Xuanglang tiré d'un Luofu shan zhi et rapportée par le Gujin tushu jicheng, section « choses étranges et divines », juan 240, 17-9b).

Mais c'est seulement vers le VIIIe et IXe siècle que les écrits sur l'alchimie intérieure apparaissent, l'une des figures importantes étant Zhang Guo, qui sera inclus dans la liste des huit immortels (baxian) les plus célèbre de Chine (Pour la période de la fin des Tang et des Cinq Dynasties, citons encore parmi les noms illustres de personnages liés à l'alchimie intérieure, ceux de Lü Dongbin, Shi Jianwu, Cui Xifan et Chen Tuan). Il vécut sous l'empereur Xuanzong (712-756) qui l'avait d'ailleurs convoqué à la cour. Tout en élaborant la théorie de l'alchimie interne, Zhang Guo préconisa un emploi combiné de l'alchimie externe et de l'alchimie interne, cette dernière étant considéré comme nécessaire pour que l'alchimie opératoire (externe) puisse réussir. Cependant, le coût élevé des ingrédiens ainsi que les multiples empoisonnements consécutifs à l'ingestion de drogue alchimique à base de mercure, d'arsenic et autres produits toxiques, dont furent victimes notamment cinq empereurs des Tang et nombre de ministres, ont sans doute favorisé le déclin de l'alchimie externe au profit de l'alchimie interieure, qui s'épanouit sous les Song en plusieurs écoles avec des systèmes très élaborés.

Cela ne signifie pas pour autant la disparition totale de l'alchimie externe, dont les traces restent cependant discrètes. Celle-ci était encore pratiqué sous les Yuan, si l'on en croit un écrit bouddhique selon lequel le plus grand temple taoïste de la capitale appartenant au Quanzhen, le Palais de l'Éternel Printemps (Changchun gong) rebaptisé plus tard Phalanstère des Nuages Blancs (Baiyun guan), avait annexé au coin nord-ouest de la ville le temple bouddhique Jixiang si, où il y avait un four pour les pratiques alchimiques (Taisho 2116 Zhiyuan bianwei lu, 3.767a-b). L'on a découvert par aiileurs des fournaux alchimiques dans la tombe d'un taoïste des Ming (Il existe dans le musée provincial de Chengdu trois fournaux alchimiques en bronze des Ming excavés en 1965 de la tombe d'un taoïste de Luoshi près de Chengdu. Selon le directeur de ce musée, l'on aurait aussi découvert dans la région du Sichuan du faux or et du faux argent). Mais ce problème entre alchimie externe et interne se complique du fait de la mention dans la pratique de l'alchimie interne d'une phase dite d'alchimie externe (waidan) et d'une phase d'alchimie interne (neidan), distinction rencontré dans des écrits des Song, des Yuan, des Ming et des Qing. » (Catherine Despeux, Immortelles de la Chine ancienne p. 57-73) ..




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