Hermétisme
et 錬金丹術 Renkintanjutsu 十一
École d'alchimie intérieure Wu Liu
Le Weisheng shenglixue mingzhi (annexe, alchimie féminine)
« Les Débuts de l'Alchimie Interne Féminine (Deuxième Partie, suite)
Alchimie Externe et Alchimie Interne (Chapitre I, suite)
Que des femmes se soient livrées à l'alchimie opératoire et aient bénéficié de ces techniques est attesté, bien que les témoignages soient rares. Parmi les cas que nous avons pu relever, citons celui d'une jeune femme qui vécut sous la dynastie des Tang, Bian Dongxuan. Originaire de Fanyang près du Maoshan dans la région de Nankin, elle refusa de se marier. Chassée de chez elle, elle fut recueillie par une famille de fonctionnaires. Elle tissait nuit et jour afin de pouvoir s'acheter les drogues et les ingrédients nécessaires à sa pratique alchimique. Puis elle résida au Phalanstère du Mystère Arcanal (Dongxuan guan), où elle priait toujours devant l'autel du Vénérable Céleste (Tianzun) avant d'avaler du cinabre. A la suite de ces absorptions, elle souffrait la plupart du temps de diarrhées et de vomissements (Ces produits à base de sulfure de mercure, d'arsenic, de souffre, étaient hautement toxiques. Les diarrhées, œdèmes, chute des cheveux, vomissements, sont les symptômes bien connus de la mercurisation ; mais ceux-ci sont présentés dans certains écrits alchimiques comme des signes de réussite.), mais n'en éprouvait aucun mécontentement. Un jour, un vieillard portant un sac de toile entra dans le phalanstère pour vendre le « cinabre du grand retour » (da huandan). Il montra les pilules à Bian Dongxuan, lui disant : « C'est le Très Haut qui m'a ordonné de vous convoquer. Trouver un endroit convenable, un belvédère, et dans sept jours, vous pourrez monter au ciel. » Elle réalisa effectivement son ascension céleste sept jours plus tard, le quinze du septième mois. Les fonctionnaires rapportèrent le fait à l'empereur Minghuang (627-650) des Tang, qui avait eu une apparition de Bian Dongxuan le jour de sa mort, sous l'aspect d'une jeune adolescente de seize à dix-sept ans. On rebaptisa le Phalanstère du Mystère Arcanal du nom du Phalanstère de l'Ascension de l'Immortelle (Dengxian guan), et le belvédère de sa délivrance fut appelé le Belvédère des Nuées Pourpres (Ziyoun lou). L'on ordonna au secrétaire Wang Ruijing d'écrire une inscription sur stèle narrant ces faits (Biographie de Bian Dongxuan dans le Taiping guangji, 63.392).
Cette femme demeure le cas le plus célèbre de réussite par l'absorption de produits alchimiques (waidan), technique qui correspondait peut-être à un empoisonnement volontaire de la part de ces taoïstes. Mais il y eut d'autres femmes pratiquants l'alchimie externe : Li Zhenduo sous les Tang transmuta le cinabre sur le Mont Hualin (Houji, 2.10b) ; Yang Baozong des Cinq Dynasties (937-972) guérissait les gens à l'aide de pilules de cinabre (Houji, 5.19b) ; dans les Révélations des Parfaits, plusieurs femmes transmettent les procédés du cinabre (Par exemple, Dame Wang de la Perfection Suprême (Taizhen Wang furen) transmit le procédé du cinabre retourné et de la liqueur d'or à Anqi (Houji, 3.2b)). Rien ne laisse toutefois penser qu'il y eut une tradition proprement féminine de l'alchimie externe, comme c'est le cas pour l'alchimie interne.
Les premières traces d'une alchimie interne féminine remontent à la dynastie des Song. Grâce aux registres tenus par le secrétaire général et le secrétaire adjoint du ministère des rites chargés de la distribution des tablettes d'ordination, dont le nombre ne devait pas dépasser un certain quota, l'on connaît pour le onzième siècle le nombre de taoïstes ordonnés officiellement. Pour les années 1019 à 1077, les chiffres sont les suivants :
1019 - hommes taoïstes : _7.081 ; femmes taoïstes : _89
1021 - hommes taoïstes : 19.606 ; femmes taoïstes : 731
1033 - hommes taoïstes : 19.548 ; femmes taoïstes : 588
1042 - hommes taoïstes : 19.680 ; femmes taoïstes : 502
1068 - hommes taoïstes : 18.746 ; femmes taoïstes : 738
1077 - hommes taoïstes : 18.513 ; femmes taoïstes : 708
(cf. Yoshioka, Nagaikino negai, p. 136)
La proportion des femmes était donc à cette époque de trois à quatre pour cent du nombre d'ordonation, ce qui représente une diminution considérable du clergé féminin par rapport à la dynastie des Tang, ère d'apogée du taoïsme féminin, pendant laquelle la proportion des femmes était d'un tiers.
De même que dans le clergé répertorié officiellement, dans les hagiographies, la femme est moins présente pendant la dynastie des Song. L'on discerne néanmoins un nouvel essor du taoïsme féminin sous l'empereur Huizong (1101-1126). En 1102, un édit impérial ordonna aux taoïstes Liu Hunkang du Maoshan, Xu shenwong (Xu Shouxin) de Hailing, Zhang Xujing de Gouyang, et la parfaite Yu des Monts Zhongnan de se réunir chaque jour dans la salle secrète pour exposer le Dao (Houji, 6.8b). En 1118, Huizong conféra un nouveau titre à Magu, dont le culte si développé sous les Tang, gardait toute son importance sous les Song. Enfin il aurait mandé à la cour Cao Wenyi, taoïste et poétesse à qui l'on attribue le premier chant connu sur l'alchimie intérieure écrit par une femme.
Lü Dongbin, Patron de l'Alchimie Intérieure et des Prostituées (chapitre II)
Le personnage de Lü Dongbin
La légende de Lü Dongbin commence sous les Song du Nord. Il aurait vécu à la fin des Tang ou sous les Six Dynasties. On rapporte que le Dao lui fut transmis par Zhongli Quan, immortel de la dynastie des Han. Son culte apparaît d'abord dans la région de Yuezhou (Hunan) pour se répandre petit à petit dans toute la Chine. Il devint le patron des écoles d'alchimie intérieure et plus particulièrement, avec Zhongli Quan, le patron du courant alchimique dit Zhong Lü. Mais c'est seulement avec Wang Chongyang, le fondateur du courant taoïste Quanzhen, qu'il est vénéré comme le patriarche d'une école religieuse, ses biographies étant dans le Canon Taoïque toutes postérieures à Wang Chongyang. Réputé pour sa technique de l'épée qui pourfend les démons, Lü Dongbin devient à une époque que nous n'avons pu déterminer précisément, le patron des prostituées et de certaines écoles médiumniques pratiquant l'écriture inspirée (cf. le Lüzu quanshu, éd. de Taiwan, Ziyou chubanshe, 1967. Il existe en effet plusieurs ouvrages pourtant ce même titre. Cette édition de Taiwan donne pour auteur un certain Huo Xiyue ou Li Hanxu, célèbre taoïste du dix-neuvième siècle, fondateur du courant alchimique de l'ouest ; il aurait compilé cette ouvrage à partir d'un manuscrit de Lu Xixing des Ming. Il mentionne souvent l'écriture inspirée et Lü Dongbin apparaît à plusieurs reprises dans des maisons de prostitution pour effectuer des conversions (3.9a ; 3.33b ; 2.24a)). Le thème de la conversion des prostituées par Lü Dongbin est attesté dès 1169 (cf. T. 142 (fasc. 63-64) Ziyang zhenren wuzhen pian sanzhu, préface, 4b). Ses rapports avec les protituées ou autres sont encore plus manifestes dans les Annales des conversions divines du Souverain Empereur du Yang Pur (Lü (Dongbin) Chunyang dijun miaotong ji) (quatorzième siècle), qui relatent six conversions de femmes, dont deux prostituées. Les témoignages de prostituées converties au taoïsme sont plus fréquents sous cette dynastie des Song. On peut citer encore l'exemple de Liu Yan, prostituée de la préfecture de Dai, qui, en l'ère Shaosheng (1094-1097) de l'empereur Zhizong, suivit une vieille femme venue mendier à sa porte pour apprendre le taoïsme avec elle. Elle donna dix mille pièces d'or à sa mère et partit se retirer sur le Mont Taiheng, menant une vie érémétique dans une petite chaumière et mendiant sa nourriture (Houji, 6.8a).
Zhang Zhennu, prostituée convertie par Lü Dongbin
Dans la préface de Sun Xieshi, datée de 1169, aux Sources sur l'éveil à la perfection (Wuzhen pian), l'un des plus beau texte du onzième siècle sur l'alchimie intérieure, est relatée pour la première fois la conversion de Zhang Zhennu par Lü Dongbin : « En l'ère Xuanhe (1119-1125), alors que Lü Dongbin se promenait à Wuxing (Anhui), il rencontra la prostituée Zhang Zhennu, une beauté au teint éclatant, à l'allure simple et pure. Bien qu'elle ait sombré dans ce monde de poussière, chaque soir, elle se lavait, changeait de vêtement, allumait une bougie et priait le ciel de la délivrer. Lü Dongbin prit les traits d'un jeune lettré et alla lui rendre visite. Zhang Zhennu, frappée par son allure étrange, éprouva immédiatement un profond respect pour cet homme. Après leur première rencontre, le jeune homme partit sans avoir eu de relations amoureuses avec elle. Il en fut ainsi le lendemain et les jours suivants, pendant plus d'un mois. Un jour, Zhang Zhennu lui demanda : 'vous venez me voir depuis longtemps et vous n'êtes pas resté une seule nuit partagé ma natte et mon oreiller, est-ce parceque je ne vous vénère pas assez ?', Lü lui révéla alors sa véritable identité, devint son maître, et lui transmit le suprême procédé alchimique du corps du yin suprême (T. 142 (fasc. 63-64) Wuzhen pian sanzhu, préface, 4b). » Cette même histoire est reprise par les Œuvres complètes du patriarche Lü (Lüzu quanshu, 3.26), ouvrage des Ming relatant les conversions de Lü Dongbin.
L'immortelle He (He Xiangu)
Cette divinité est l'une des femmes les plus populaires sous les Ming et les Qing ; elle a d'ailleurs été incluse vers la fin des Yuan dans la liste des huit immortels (baxian) (« Bateau des chrysanthèmes et des bambous » de Fan Zi'an, dans Yuanqu xuan, n° 60 : la liste des huit immortels y est différente de celle qui s'est imposée sous les Ming) ; elle ne semble toutefois entrer définitivement dans cette liste qu'en l'ère Jiajing (1522-1567) des Ming.
L'immortelle He correspond à deux personnages historiques ayant vécu à des époques différentes. La première aurait vécu au début du VIIIe siècle dans la région de Canton. La date de sa mort se situerait en l'ère Jinglong (707-710) ; en la neuvième année de l'ère Tianbao (742), alors que les habitants du village faisaient un rituel au Duxu guan, ils virent un nuage de cinq couleurs s'élever au-dessus de l'autel de Magu, et le taoïste Cai Tianyi y reconnut l'immortelle He. Elle se manifesta à nouveau en l'ère Dali (766-779), et le préfet de Canton rapporta le fait à la cour (Houji, 5.8a).
Le second personnage apparaît sous les Song du Nord. Il est cité dans le Dongxuan bilu comme ayant vécu sous l'ère Qingli (1041-1049). Il se confondit avec une « immortelle Zhao », dont le prénom était He, et qui fut convertie par Lü Dongbin (Cette immortelle Zhao est mentionnée comme disciple de Lü Dongbin dans le Nenggai jiman lu de Wu Ceng (1227-1278), chap. 18. Cf. l'article de F. Baldrian-Hussein, « Lü Tong-pin in Northern Sung Literature »). Dans les Annales des conversions divines du Souverain Empereur du Yang Pur, la dix-neuvième conversion est celle de l'immortelle He (T. 305 (fasc. 159)Chungyangdijun shenhua miaotong ji, 23-12).
Dans un ouvrage plus tardif des Ming et de Nature plus populaire, les Œuvres complètes du patriarche Lü (Lüzu quanshu), la conversion de l'immortelle He est racontée de la façon suivante : « l'immortelle He, originaire de Lingling, rêva un jour que, sur les rives de la Xiao et de la Xiang, une femme marchant sur des lotus blancs s'approcha d'elle et lui dit : '' je suis la fille divine de la Xiao et de la Xiang, et je viendrai un jour dans ta famille ''. Puis, orpheline vers l'âge de treize quatorze ans, He rencontra Lü Dongbin au marché de Lingling ; celui-ci lui donna une pêche, dont elle mangea la moitié et elle n'eut désormais plus faim. Elle alla ensuite aux Monts Zhongnan où elle rencontra Zhongli Quan, qui lui enseigna l'art d'absorber le cinabre divin. Son corps s'allégea, Lü Dongbin la conduisit auprès de la Reine Mère l'Ouest et de son époux, et elle reçut le nom taoïste de Yiyang. Elle revint ensuite avec Lü Dongbin dans le monde des hommes (Lüzu quanshu, 2.10a-12a ; cette biographie légendaire serait tirée du Daoyuan huilu. Cf. aussi T. 1484 (fasc. 1112) Lüzu zhi, 3.8a-b). »
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Renkintanjutsu